mardi 10 septembre 2013

Détroit, faits et chiffres / Detroit, facts and figures

Il y a deux jours, encore un reportage télé sur Détroit l'abandonnée. A croire que la télévision française serait prise d'une fascination autant morbide qu'auto-satisfaite? Quand il arrive aux Américains quelque chose que nous avons déjà vécu, la satisfaction n'est pas loin. Cette vengeance de pauvres est assez misérable. Pour rectifier il convient de rappeler quelques faits récents.
Si la faillite de la ville signe un échec, elle est aussi une chance: celle de tout remettre à plat et de reconstruire sur des bases saines. A la lecture de nombreuses sources d'information, il semblerait que cette hypothèse soit juste. Le terreau humain est vivant, la population qui a su se maintenir voit ses initiatives reconnues, tout le monde se bat. Cela est primordial et l'histoire nous l'enseigne. Le renouveau de Détroit sera une réussite collective.
Au niveau économique ensuite. Les grands constructeurs automobiles (Ford, Chrysler et General Motors) sont sortis du rouge. Les échanges avec le Canada, juste en face de la ville et premier partenaire commercial des Etats Unis s'intensifient. Plus encore, la ville présente de forts atouts: des centres hospitaliers et universitaires importants, des équipes sportives historiques, un centre de congrès actif. Et enfin Détroit attire: artistes et créatifs profitent des faibles loyers, des industries de technologie de pointe émergent, la valeur économique des expériences sociales et d'agriculture urbaine sont reconnues, de grandes entreprises s'y installent et investissent - à commencer par Quicken Loans, le plus grand groupe de prêts hypothécaires en ligne des Etats-Unis. On crée des emplois à Détroit.
Enfin, un projet politique se met en place, qui s'appuie sur la reconquête urbaine appuyée sur l'activité sociale et économique. Le nouveau schéma directeur "Détroit Future City" a été publié en décembre dernier. Les initiatives publiques sont relayées et épaulées par un secteur privé actif et volontaire. Dan Gilbert  dans le downtown, Mike Ilitch dans le Theater District, tous ont décidé que la ville renaitra et s'y emploient. Les investissements annoncés sont considérables.
Vous me direz à juste titre que je décrit là des outils de développement assez classiques dont on connait les limites. Mais à la différence de temps pas si anciens, revenir en arrière ne sera pas possible. Les gens de Détroit on développé un sens de la débrouille, de l'ingéniosité, de l'invention hors des cadres habituels. Ce Do it Yourself dont on dit que Détroit en est la capitale constitue un élément effectif d'une autre économie davantage locale et communautaire. Cela est aussi un autre levier d'attractivité. Il semblerait d'ailleurs que le discours commence à changer, et passe de la "ville ghetto" à un "nouveau Berlin". On n'est en pas là, mais cela suffit pour être certain que la ville vit un tournant et qu'il est au moins intéressant de l'observer.

Reprise en graff de la sculpture de l'Esprit de Détroit /  The spirit of Detroit, even in graf, takes care of the city





Two days ago, another TV report on Detroit, the abandoned city. Do we believe that the French television is in a fascination also morbid that self-satisfied? When it comes to Americans something that we have already experienced, the satisfaction is not far. The revenge of the poor is alway pretty miserable.  Here is some recent developments to correct these platitudes.
If the bankruptcy of the city sign a failure, it is also an opportunity: that of a thorough overhaul and a rebuilding on strong basis . After reading many sources of information, it appears that this hypothesis is correct. The human terrain is alive, the population which has been able to maintain is recognized in its initiatives, everyone fights. This is essential and history teaches that. The revival of Detroit will be a collective success.
At the economic level then. The Big Three are out of the red. Trade with Canada, just across the city and most important trading partner of the United States is intense. Moreover, the city has strong advantages: large hospital and university centers, historic sports teams, an active convention center. And finally Detroit draws: artists and creatives take advantage of the low rents, high technology industries emerge, the economic value of social experiences and urban agriculture is recognized, large companies settled there and invest - starting with Quicken Loans, the largest group of online mortgages in the United States. Jobs are created in Detroit .
Finally, a political project is set up, based on an urban revitalization supported by the social and economic activity. The new framework "Detroit Future City" has been published last December. Public initiatives are taken up and supported by an active and voluntary private sector. Dan Gilbert in downtown, Mike Ilitch in the Theater District, all agreed that the city will reborn and they are working for this purpose. Investments are considerable.
You will say rightly that I describe standard development tools, whose limits are known. Going rightly back is not possible. The people of Detroit have developed a sense of resourcefulness, ingenuity, invention outside the usual framework. This Do it Yourself (some says Detroit is the DIY's capital) is an effective element of another more local and community economy, perhaps a new way to understand what can be development for modern societies.  This is also another lever of attractiveness. It also seems that the discourse begins to change, from "ghetto city" to "new Berlin". It is not there, but enough to make sure the city lives a turning point and this is interesting to look at, at least.


Vu sur Woodward Avenue / Storefront in Woodward

sources:
http://economieamericaine.blog.lemonde.fr/2013/08/20/les-ressorts-dune-renaissance-de-detroit/
http://www.businessinsider.com/things-going-right-for-detroit-2013-6?op=1
http://www.economist.com/blogs/schumpeter/2013/09/civic-crowdfunding
http://www.csmonitor.com/World/Making-a-difference/Change-Agent/2013/0909/Detroit-bankrupt-Six-ways-the-Motor-City-is-thriving

Maison forestière / Forester’s House



L'objet est incongru lorsque l'on traverse la forêt, incongru et intriguant. Sur le côté, le volume banal d'une maison d'un autre temps, de garde-barrière, ou forestière. Et uniformément, immaculément blanche. L'irruption est intemporelle, comment ne pas s'arrêter, pour peu que l'on ne soit pas un homme pressé? Nous sommes au Bois Levêque, à Ors, non loin du Cateau-Cambrésis.
On apprendra qu’ici, dans la cave, le lieutenant Wilfred Owen passa avec les hommes de son bataillon sa dernière nuit avant de tomber au champ d’honneur, le 4 novembre 1918, à 25 ans. Sa mère apprendra sa mort alors que les cloches de Birkenhead, Merseyside, sonnaient l’armistice. L’histoire est horrible. 
Owen donc. Un inconnu, du moins pour un français. En Angleterre, le plus grand poète du début du XXe Siècle, qui ne publiera rien de son vivant. «Then, when much blood had clogged their chariot-wheels I would go up and wash them from sweet wells, Even with truths that lie too deep for taint. I would have poured my spirit without stint, But not through wounds; not on the cess of war. Foreheads of men have bled where no wounds were. »  Ce poème, Strange meeting, sera trouvé dans son portefeuille, Britten le mettra en musique dans son War Requiem.
Cela fait bientôt un siècle que l’on vient à Ors, alors l’arrêt inopiné sur le bord d’une route en forêt remplit de confusion bien plus que du fait de cet objet étrange. A l’arrière, un jardin fait de murets circulaires guide vers l’entrée ou, en pente douce, vers la cave. Le profil du pignon se découpe; la toiture, au profil identique se soulève. A l’intérieur, les murs sont de verre, les mots de Owen y sont gravés. La lumière est douce, le silence est simple. Voilà, c’est tout. Rien de spectaculaire, mais une impression trop rare pour ne pas entendre son chant : je suis là, et cela suffit.

Est-ce de l’architecture ? Est-ce une sculpture ? En 2008 l’artiste britannique Simon Patterson est approché par l’Association Wilfred Owen France et Artconnexion dans le cadre de l’action Nouveaux Commanditaires. La maison, rénovée sous la conduite de l’architecte Jean-Christophe Denise est inaugurée en octobre 2011. 
Si l’objet est réussi, il est en même temps parfaitement ambigu : le prosaïque du parking à deux pas, le vitrage verdâtre, les T de 24 au plafond ont tout pour décourager le sentiment. Je ne puis que m’interroger : d’où vient que j’oublie ? Par quelle astuce - si c’est est une - je ne vois plus ? Quelle évidence est à l’œuvre qui me fait céder ?
Il me revient alors une autre expérience, stambouliote. Dans la trame nord-sud de Kumkapi, une mosquée de Minar Sinan surgit, biaise, qui obéit à une autre logique et fait irruption dans la ville. La valeur architecturale du travail de Simon Patterson me semble se lover là : ce toit qui se soulève, une métaphore du livre ouvert dixit l’artiste? Beau prétexte pour convoquer l’impérieuse nécessité de l’autre, étranger qui conforte ou conteste, et ne laisse pas indifférent, parce qu’il vous prend au sérieux. 
Il y a ainsi de l’architecture dans l’inattendu de ce décalage d’un toit d’avec son pignon. Peu de chose à vrai dire, mais il suffit d’y penser et de s’interdire tout autre geste. Ainsi va l’éloquence… 
« Alors, beaucoup de sang ayant bloqué les roues de leurs chariots, Je me serai levé, je les aurai lavées à l’eau douce des puits, A coup de vérités trop profondes pour qu’on les souille. J’aurais versé mon âme sans hésiter, Mais pas par mes blessures, pas sur le fumier de la guerre. Les fronts des hommes ont saigné sans plaies.»

Maison forestière Wilfred Owen, D959 à Ors 59360  / Ouverte tous les jours sauf le mardi et le dimanche après-midi, 9h30-12h30 / 14h-18h. Article publié dans la revue AMO, association Architectes - Maîtres d'Ouvrage, printemps 2013

photo Ed Roose, panoramio.com









                                                                                                                                                                The object is incongruous when crossing the forest, incongruous and intriguing. On the side, the volume of an ordinary one-story house , with its brick walls , its window frames, a house of another time, firewall , for a crossing-keeper, or a gamekeeper. And uniformly, immaculately white. The irruption is timeless, why not stop, as long as we are not hurry? We are in the Leveque's wood in Ors, not far from Le Cateau-Cambrésis, northern France.
We learn that, here, in the basement, Lieutenant Wilfred Owen went with the men of his battalion for his very last night before falling in the time of duty, Nov. 4, 1918 , at age 25. Her mother teach her ​​death while bells of Birkenhead's church, Merseyside UK, sounded the armistice. The story is horrible.
Owen then. An unknown, at least for a Frenchman. In England, the greatest poet of the early twentieth century, which will not publish anything in his lifetime. «Then, when much blood had clogged their chariot-wheels I would go up and wash them from sweet wells, Even with truths that lie too deep for taint. I would have poured my spirit without stint, But not through wounds; not on the cess of war. Foreheads of men have bled where no wounds were.»  This poem, Strange meeting, will be found in his wallet, Benjamin Britten set it in music in his War Requiem.
It's been almost a century that british people comes to Ors. Then the quit unexpectedly stop on the side of a road in the middle of the forest filled with much confusion that the surprise of this strange object. The rear garden is surrounded by a circular wall that guides towards the entrance and gently slops down to the cellar. The profile of the gable is well marked; the roof, with the same profile shift forward and raise. Inside, Owen's words engraved on glass covers walls. The light is soft, the silence is simple. Well, that's all. Nothing spectacular, but too often feel not to hear her singing : I'm here, and that's enough .

Is it architecture? Is it a sculpture? In 2008 the British artist Simon Patterson is approached by Wilfred Owen's memory society and artconnexion Association in the framework of the New Sponsors operation. The house, renovated under architect Jean-Christophe Denise managment was inaugurated in October 2011 as a WW1 memorial
If the object is successful, it is also perfectly ambiguous: the prosaic park nearby, the  greenish glass, the visible ceiling's supports have everything to discourage the feeling. I can only wonder: where did I forget? By what trick - if it is one- I do not look at anymore? What evidence is at work that made ​​me give in to?
At this time, I remember me another experiment, in Istanbul. In the north-south frame of Kumkapi neighborhood a mosque by Minar Sinan arises, slanting, which obeys a different logic and storming in the city. The architectural value of the work of Simon Patterson seems to curl up there: the roof rises is an open book metaphor says the artist ? Nice excuse to call the urgent need of another foreigner who confirms or denies, and can not be ignored, because it takes you seriously .
So, there is architecture in this unexpected shift of a roof with its gable. Little indeed, but just think about it is enough, and to prohibit any other action. Such is the eloquence ... «Then, when much blood had clogged their chariot-wheels I would go up and wash them from sweet wells, Even with truths that lie too deep for taint. I would have poured my spirit without stint, But not through wounds; not on the cess of war. Foreheads of men have bled where no wounds were.» 

Forester's house Wilfred Owen, D959 in  F-59360 Ors / Open every day except Tuesday and Sunday afternoon , 9:30 am-12:30pm / 2pm-6 pm. Text first published in AMO revue, Architects & Contracting Authorities society, Lille, Spring 2013

photo tourisme-cambrai.fr
photo provinfos.blogspot.com

dimanche 8 septembre 2013

l'architecture est un évènement / architecture is a event

A Chicago, deux endroits importants où s'est faite l'architecture du XXe siècle: l'agence de Frank Lloyd Wright à Oak Park, et le Crown Hall, l'atelier de l'Ecole d'Architecture sur le Campus de l'IIT (Illinois Institute of Technology) construit par Mies van der Rohe quant il en était le directeur. Deux lieux très différents, mais une même émotion: c'est là que ces figures de proue ont travaillé, et que ce sont élaborées des oeuvres majeures qui, l'une au début du siècle, et l'autre dans les années cinquante, ont transformé l'architecture américaine. Plus encore, ces lieux sont démonstratifs d'un regard sur l'architecture, et des témoignages sur la manière d'en faire: FLW, encore romantique, qui cherche la concentration et l'intimité, MvdR qui est dans la rigueur et l'exactitude de la vérité. Pour le premier, lier les surfaces et les lignes pour faire surgir l'espace. Pour le second ne rien dissimuler et tout exposer. Mais pour les deux c'est dans l'ajustement des pleins et des vides qu'est l'évènement d'architecture.

In Chicago, two important places where have been invented the architecture of the twentieth century: the studio of Frank Lloyd Wright in Oak Park, and the workshop of the School of Architecture on the campus of IIT (Illinois Institute of Technology) built by Mies van der Rohe when he was its director. Two very different places, but the same emotion: it's where these leading figures have worked, and developed major works that, one at the beginning of the century, and the other in the fifties, have transformed American architecture. Moreover, these places are demonstrative of ways to think architecture, and testimonies on how to do architecture: FLW, yet romantic, seeking the concentration and privacy, MvdR who is into rigor and accuracy of the truth. For the first, binding surfaces and lines to bring out space. For the second, not conceal anything and show everything. But for the two is in the adjustment of full and empty, solids and voids, that hides the event: architecture. 

Atelier de Frank Lloyd Wright: la salle de dessin et ci dessous son bureau / Frank Lloyd Wright studio: the drawing room, and below his office

Mies van der Rohe, Crown Hall, Illinois Institute of technology. Sans et avec des étudiants / Crown hall without and with students (below,  photo from: s252.photobucket.com )



La maison sur la cascade / Falling Water House

La maison sur la cascade à été bâtie entre 1934 et 1936 par Frank Llyod Wright au coeur des Appalaches, à 4 heures de route de Washington et une heure trente de Pittsburg. Autant dire qu'elle se mérite, mais elle est l'une des plus remarquable maison construite au XXe siècle. En effet, elle est célèbre pour sa situation dans le paysage. la famille Kauffman voulait une maison de week-end dans les parages du torrent au bord duquel elle venait depuis longtemps déjà. Qu'à cela ne tienne, Frank Lloyd Wright la construira sur le torrent. Déjà ce dispositif est exceptionnel, mais la manière dont l'architecture répond à la nature, avec des terrasses en porte-à-faux qui font écho aux ressauts de la cascade l'est plus encore.
Jusque là, rien de nouveau, les images diffusées nous montrent cela parfaitement. La surprise vient d'ailleurs. L'architecte avait l'habitude de composer avec des volumes simples, particulièrement des parallélépipèdes rectangles qui s'articulent entre eux de manière de plus en plus complexe sinon sophistiquée au fur et à mesure de la progression de son oeuvre. Mais à Falling Water c'est à peine si cela se sent encore, tant les espaces s'enchainent aux autres en toute souplesse, en créant des interstices entre les pièces qui donnent sur l'extérieur, un couloir, la profondeur de la maison. Le plus saisissant est l'escalier qui sur le palier intermédiaire gère pas moins de six directions différentes. Chef d'oeuvre ne veut alors plus rien dire tant on est face à une virtuosité extrêmement rare en architecture.
Le sommet est atteint sur la terrasse du second étage. En s'avançant à l'extérieur, la maison s'efface, en deux pas elle est oubliée. Il n'y a que l'enceinte des arbres qui dessine un cercle de ciel, le torrent en contre bas qui dévale, et vous, comme suspendu, pivot du centre du monde. Voilà de quoi est capable l'architecture: vous révéler LE lieu, vous expérimenter UNIQUE. Comment faire de l'architecture si on prend pas ces choses un peu au sérieux?

Falling Water House has been built between 1934 and 1936 by Frank Lloyd Wright in the the Appalachian Mountains, 4 hours drive from Washington and one and a half hour from Pittsburgh. It deserves, but it is one of the most remarkable house built in the twentieth century: it is famous for its location in the landscape. The Kauffman family wanted a weekend house next to the run beside where she came for a long time. Never mind, Frank Lloyd Wright built the house on the fall. Already this device is exceptional, but how the architecture meets nature, with cantilevered terraces echoing the run's projections is more.
So far, nothing new, images in books or web show us that perfectly. The surprise comes from elsewhere. The architect used to deal with simple volumes , particularly cuboids that fit together in a more and more complex if not sophisticated way as he progress in his work. But in Falling Water it's just if we feels that. Spaces string together with great flexibly, creating gaps between parts and showing a piece of landscape, a corridor, the depth of the house. The most striking is the staircase's middle tier which runs not less than six different directions. Saying masterpiece is saying nothing because we are faced virtuosity. And virtuosity is extremely rare in architecture.
The top of the experience is reached on the terrace of the second floor. In advancing to the outside, the house fades, two steps and it's forgotten. There is only the surrounding trees that draws a circle of sky, the stream running down, and you, suspended, pivot of the center of the world. That's what architecture can do: it reveals you THE place, it makes experiencing you as a unique PERSON. How make architecture if you do not take these things a bit seriously?



mardi 3 septembre 2013

Le somptueux theâtre Fox / magnificent Fox theatre

A l'heure de sa première splendeur, dans les années 20, Détroit possédait le plus grand ensemble de théâtres d'Amérique. Aujourd'hui encore, cet ensemble, bien que réduit, est encore le second du pays après Broadway. Fleuron de cet ensemble, et dernier construit juste avant la Grande Dépression: le Fox theatre.
Bâti  dans le downtown à l'extrémité de Woodward Avenue et de Grand Circus, seule la magnifique marquise signale le théâtre, car comme c'est habituel aux Etats Unis, une immeuble de bureau constitue sa façade. Rien ne laisse présager l'immensité de la salle et de la somptuosité de ses décors: 5200 places dont 3000 au parterre, un balcon d'un seul tenant sans points d'appui intermédiaires, un décor sino-byzantin qui est le plus spectaculaire résumé orientaliste qui soit, et enfin le grand orgue d'origine et toujours en marche, un Wurlitzer de 2700 tuyaux. Le tout est l'oeuvre de Charles Howard Crane, restaurée en 1988 après le rachat de la salle par Mike Illich, l'une des grandes figures philanthropique de Détroit. Monument historique, il est le second plus grand théâtre d'Amérique, et le premier à avoir été équipé dès son origine pour le cinéma parlant.  
Détroit est une ville intense, et ce joyau de la cité l'est également, qui peut sur certains spectacles afficher complet pour 3 soirées consécutives. Comme la ville, le Fox est plein de formes, de couleurs, de lumières, de son, mais aussi de signatures et autographes recouvrant entièrement l'escalier des loges. (toutes les gloires du showbizz sont passées par là, c'est assez bluffant). Au delà, le rapport entre la salle et la scène est absolument réussi, qui crée une vraie proximité que renforce une acoustique très enveloppante. Cette échelle se retrouve dans les plafonds vraiment bas des coursives et dans l'éclairage partout orangé, presque tamisé, créant des ombres profondes et voluptueuses. Il y a de l'intimité dans ce lieu, c'est pour cela que c'est un chef d'oeuvre. Paradoxal, certes, mais chef d'oeuvre. 
      
Et encore un immense merci à Lee qui nous a donné de son temps un samedi matin pour nous partager une passion bien légitime pour son théâtre!

At the time of its original splendor, in the '20s, Detroit had the largest theater district of America. Today, this district, although reduced, is still the second of the country after Broadway. The jewel of this set of theatre, and last built just before the Great Depression is the Fox Theatre.
Built in the downtown on Woodward Avenue near Grand Circus, only the beautiful marquee signals from outside the theater. As is usual in the United States, an office building make its facade. Nothing suggests the vastness of the auditorium and the magnificence of its decorations : 5200 seats with 3000 at the main floor, a balcony in one piece without intermediate support points, a chinese-byzantine decoration which is the most spectacular orientalist summary ever, and finally the great original organ and still running,  a 2700 pipes Wurlitzer. The whole is the work of Charles Howard Crane, restored in 1988 after acquisition by Mike Illich, a major philanthropic figures in Detroit. National Historic Landmark, it is the second largest American theater, and the first to have been equipped for present ing sound films. 
Detroit is an intense city, the jewel of the city is also intense: some shows can be full for three consecutive nights! Like the city, the Fox is full of shapes, colors, lights , sound, but also signatures and autographs covering all the wall of the lodge staircase (all the glories of showbiz have been there, it 's impressive). In addition, the relationship between the auditorium and the scene is absolutely successful, which creates a real closeness that reinforces a very enveloping acoustics. This scale is reflected in the very low ceilings in corridors and in a subdued orange light, creating deep and voluptuous shadows. There's intimacy in this place, that's why it's a masterpiece. Paradoxically, of course, but masterpiece.
              
And a great thanks to Lee who gave us time on a Saturday morning to share us a very legitimate passion for his theater!



Le foyer, et ci dessous, la salle / The lobby, and below, the auditorium.









lundi 2 septembre 2013

Détroit méconnue / Unknown Detroit

New York parfois aussi prétentieuse que Paris , Philadelphie provinciale, Washington l'ennuyeuse, Chicago so smart. Et Detroit, Détroit la touchante. Oui, les rues sont quasi désertes un samedi après-midi, oui un tiers du centre ville est fait d'ilots bitumés qui servent de parking, ou d'immeubles abandonnés (il ne faut pas oublier, on est aux States, où tout est grand et où les chats ont 9 vies: un immeuble, c'est 20 étages minimum). Donc tout cela est impressionnant, et troublant, quant on sait que cette ville de 750.000 habitants en comptait 2 millions il y a 50 ans. Nous voilà au coeur du paradoxe américain: grandeur et misère. Mais jamais de défaitisme. Ce peuple est un peuple de forts.
J'avais pas mal lu sur Détroit avant de partir (ne serait-ce parce qu'aucun guide français ne traite de la ville), et nous avons pu le constater: les gens se bougent, les gens cherchent à redémarrer, les initiatives locales et populaires sont réelles, on le voit autant que l'on voit un paysage mité. Nous sommes arrivés un soir de match: les Détroit Lions ont d'ailleurs gagné (il parait que c'est une super équipe). Ambiance magnifique, populaire: les Harley qui pétaradent, les mecs qui friment dans leurs pick-up, les blacks qui chantent. J'ai pensé à Marseille, au Nord, un soir de victoire du RC Lens. 
Les similitudes sont nombreuses avec le Nord: esprit populaire, histoire industrielle épousant celle du pays, taux de chômage important et très hauts revenus. La zone métropolitaine est à peu près aussi importante qu'ici, entre le bassin minier et la Belgique. Que d'informations à saisir dans un espace si vaste que tout semblerait échapper. Il m'a fallu trois semaine pour commencer à saisir pourquoi Détroit me parle: je pense y avoir expérimenté quelque chose de fondamental,  l'un des grand mythe américain: la frontière. Détroit un terrain vierge? Tout y semble possible: imaginer une ville qui se réinvente et ce faisant pourrait anticiper sur nos propres avenirs urbains. Voici mon hypothèse: Détroit est peut-être une nouvelle frontière.

New York sometimes pretentious as Paris, Philadelphia quite provincial , Washington boring, Chicago so smart. And Detroit, Detroit the touching. Yes, the streets are almost deserted on a Saturday afternoon, yes, a third of the city center is made of asphalt islands that serve as parks, or abandoned buildings (do not forget, we are in the States, where everything is large and where the cats have nine lives: a building that is at least 20 floors). So all this is impressive, and disturbing, as we know that this city of 750,000 inhabitants had 2 million 50 years ago. We are at the heart of the American paradox : greatness and wretchedness . But never defeat. This Nation had a strong people.
I had read a lot about Detroit before leaving (because no French guide covers the city), and we have seen how people really move, how it looking to restart. Local initiatives and from the base are real, it's easy to see them how it's easy to see this void urban landscape. We arrived a night game: Detroit Lions have won (it seems that this is a great team). Wonderful atmosphere, popular: Harley that backfire , guys who show off in their pickup, some black people singing. I thought of Marseille, or Northern France one evening of RC Lens's victory.
There are many similarities with Northern France: popular mind, an industrial history close to the destiny of the Nation, high unemployment rate and very high incomes. The metropolitan area is nearly as important here, from the mining area to Belgium border. There are to many informations in such a vast space that all seem to escape.  It took me three weeks to begin to understand why Detroit speaks to me : I think I have experienced something fundamental , one of the very great American myth : the frontier. Everything here seems possible and especially imagine a city reinventing itself, and doing so could anticipate our own urban futures. Here's my hypothesis : Detroit may be a new frontier.


Beaucoup vont à Détroit pour ses incroyables friches industrielles à l'abandon, mais ça frise le voyeurisme, le "porn ruin" comme disent certains journalistes locaux, qui ont raison. C'est pourquoi je ne posterai pas de photos de ces endroits. Vous en trouverez partout sur le web et vous laisse faire.
Many go to Detroit for its incredible ruined industrial plants, but it borders on voyeurism, "ruin porn" as some say local journalists, who are right. This is why I do not post pictures of these places. You can find them anywhere on the web. I let you do.


"La grandeur du passé de Détroit, la promesse de son avenir": bannière sur un building en rénovation
"Rien n'arrête Détroit"
"Détroit est en train de se transformer en paradis"
"Détroit à besoin de toi!"

dimanche 1 septembre 2013

inattendu / unexpected

Mais que croyez-vous? Quitte à causer des Etats Unis, autant raconter des choses moins connues! Car voilà ce qui c'est passé: notre grande surprise fut de ne pas être surpris. Nous avons tellement vu New-York etc en images, à la télé... Il nous a fallu un temps d'adaptation, et puis alors, on commence vraiment à regarder, peut-être même à comprendre. Autre surprise, au retour cette fois-ci, en évoquant à ceux qui connaissent déjà les States cette stupeur initiale: ils ont vécu le même temps d'adaptation. Donc, je vous parle de ce que je ne savais pas, c'est plus cool, je trouve.

But what do you think? if I write about United States, let's write about things less known! Because that's what arrived there: our surprise was not to be surprised. We have seen so many times New York etc. in pictures, on medias... It took time to adapt, and then you really start to look at, perhaps even to understand. Another surprise was once back home, referring this initial amazement to those who already know the States: they had the same time to adapt. So, I talk about what I didn't know, It's better, no?

entre-deux / interspace

La vie est pleine d'interstices, les villes aussi. Ce sont des moments précieux: nous ne sommes pas faits d'une seule pièce. Les incertitudes peuvent avoir ceci de délicieux qu'elles nous obligent à la curiosité, à la créativité. Aimer à se faire peur, en quelque sorte... 
A New York, on ne peut pas louper ces creux entre buildings, et j'ai été frappé par ces lieux transitoires. Ils parlent d'autres vies, ou plutôt ils sont comme les coulisses de la vie, mais que l'on ne cache pas. Franchise américaine? Quelles que soient leurs utilisations, dépotoir, parking, jardins de poche ou square, toujours est-il qu'ils participent grandement au caractère de la ville, en contre-point à sa naïveté. New-York naïve?! Oui, comme des ados qui osent tout! (et ils ont raison!)
A Philadelphie, c'est un peu différent. dans le centre-ville, chaque bloc, délimité par les rues, est constitué de quatre immeubles, aux façades particulièrement travaillées, parfois même luxueuses. Sur un de ses axes ce bloc est traversé par une venelle, endroit idéal pour les escaliers de secours, les poubelles, la crasse. Et ça donne le rythme suivant: une rue, une belle façade, une traverse, une belle façade, une rue, une belle façades, une traverse, une belle façade etc... L'effet est étonnant pour nous autres européens qui cachons tout dans nos cours intérieures!
A Chicago, dès que l'on sort du centre ville (le Loop), les maisons sont toutes systématiquement disposées de la même manière: elles ne se touchent pas. Il est possible que cela soit dû au fait qu'elles sont construites en bois, et ne peuvent s'appuyer les unes sur les autres. Avantage 1: les pièces au centre peuvent être éclairées naturellement. Avantage 2: cet interstice (1m50, 2 mètres tout au plus) est bien commode pour ranger les vélos et tout le reste en accès direct depuis la rue. Avantage 3: La typologie urbaine qui en résulte est d'une franchise à tout épreuve, elle dit la ville: tu es à Chicago et nulle part ailleurs, mon gars.

Life is full of gaps, cities also. These are precious moments: we are not made of one piece. Uncertainties can have this delicious they force us to curiosity, creativity. As children who love to be scared, somehow ...
In New York, you can't miss these gaps between buildings, and I was struck by these transitional places. They talk about other lives, or rather they are like backstage of life, but not hidden. American outspokenness?Whatever their uses, landfill, park or vest pocket gardens, it's certain that they contribute greatly to the character of the city, and set in contrast to his naivety. New York naive? Yes, like teenagers who dare! (and they are right!)
In Philadelphia downtown, it's a quite different. Each block consists of four buildings, with facades particularly worked, sometimes even luxurious. On one of its axes that block is crossed by an alley, ideal for fire escape, garbage, filth. And it gives the following rhythm: a street, a beautiful facade, a cross, a beautiful facade, a street, a beautiful façade, a cross, a beautiful facade etc ... The effect is amazing for us, Europeans who hide everything in our courtyards!
In Chicago, as soon as we leave the Loop, houses are all systematically arranged in the same way: they do not touch. It is possible that this is due to the fact they are made of wood, and can not rely on each other. Advantage 1: the rooms in the center can be naturally lit. Advantage 2: this gap (5ft, at most 7ft) is very convenient for bicycles and everything with direct access from the street. Advantage 3: The resulting urban typology is clear as possible, and said the city: you're in Chicago and elsewhere, guy.

New York, aux alentours de la 30e rue / NYC, near 7th ave-30th street
New York, garages dans les alentours de la 30e rue / NYC, park lot near 7th ave-30th street
New York,  jardin de poche dans midtown / Vest pocket garden in NYC midtown
Philadelphie
Chicago, quartier de Parkview (entre Armitage et Diversey) / Chicago Parkview neighborhood

plein et vide / full and emptiness

La hauteur est-elle ce qu'il y a de plus spectaculaire dans les villes américaines et en particulier à New-York? Pas certain. En revanche, ces hauteurs produisent quelque chose d'inattendu: elles dessinent, elles donnent une forme aux vides que dégagent les grandes artères, en particulier les avenues. J'ai toujours aimé cette idée selon laquelle l'architecture possède la capacité de transformer son environnement et lui donner une géométrie, un ordre, et d'une certaine manière un sens. En d'autres termes, les volumes architecturés dessinent les vides, qui acquièrent de ce fait une forme et se lisent eux mêmes comme des volumes, comme des pleins. Ce qui nous semble rien est peut-être un tout...

Is the height is the most spectacular in US cities. and especially in New York? Not sure. However, these heights produce something unexpected: they draw, they give shape to empty that emit from large arteries, especially avenues. I always liked the idea that architecture has the ability to transform the environment and give a geometry, a order, and somehow makes sense. In other words, architectural volumes draw empty, which thereby acquire a form than can be seen read as volumes, as full. What is nothing can be all ...

Lexington Ave
Flat Iron Building, David Burnham 1902