samedi 12 octobre 2013

C(h)oeurs, de Alain Platel

Début de saison en fanfare au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles avec C(h)oeurs, le nouveau spectacle du chorégraphe belge Alain Platel, du ballet C de la B (Ballet Contemporain de la Belgique) et du choeur de l'opéra de Madrid - le spectacle est une coproduction. Sur les grands choeurs des opéras de Verdi et de Wagner, Alain Platel s'interroge: Comment recevons-nous ces oeuvres qui au XIXe siècle exprimaient l'aspiration des peuples à l'unité? Comment aujourd'hui à l'heure des replis identitaires, de l'indignation et d'occupied wall street nous tenons ensemble les aspirations collectives et individuelles? Platel cite Marguerite Duras, que pourtant on n'attend pas ici: "la plus grande erreur de toute idéologie est de penser qu'un femme de ménage en vaut une autre, un africain un autre africain etc". C(h)oeurs est comme une arme dans le combat contre ce simplisme généralisateur, une arme pacifique qui explore  le lien renouvelé de l'unité avec l'unisson, de l'individu avec le groupe.
Par une danse tantôt fluide et presque classique,  tantôt crispée et dans le spasme, Alain Platel avec ses 10 danseurs et 80 choristes du Teatro Real de Madrid (et souvent danseurs aussi) tente de dire l'émotion et l'impact politique qui se dégagent ces grands choeurs collectifs et comment ils parlent à chaque coeur. Le propos est parfois difficile à suivre, mais il y a des moments saisissants qui resteront gravés dans les anales: L'introduction sur le Dies Irae de la Missa da Requiem de Verdi, avec la scène déserte et le choeur invisible derrière le fond noir - spatialisation jamais vue du son devenu matière -, le duo vif et doux sur le prélude du 3e acte de La Traviata, "Heil König Heinrich" de Lohengrin chanté parfaitement faux par un danseur et pourtant si vrai dans notre manière de vivre cette musique - ou toute autre que nous fredonnons avec autant de maladresse que de conviction.
C(h)oeurs est une oeuvre formidable d'intelligence musicale et d'engagement civique où danse et chant sont parfaitement unis en un seul geste chorégraphique. Non seulement ce n'est pas rien, mais c'est même la meilleure démonstration que l'aspiration d'Alain Platel à une société fraternelle n'est pas une illusion.

Season starts with a bang at the Théâtre de la Monnaie, the Royal Opera House of Brussels, with C(h)oeursthe new show of the Belgian choreographer Alain Platel, Ballet C de la B (Contemporary Ballet of Belgium) and Madrid opera's choir - it's a shared production.  With the choirs of Verdi and Wagner's operas, Alain Platel asks: How do we understand these works that in the nineteenth century have expressed the aspiration of peoples to unity? How today in these time of isolationism, indignation and occupied wallstreet, we stand together collective and individual aspirations? Platel cites Marguerite Duras, not expected here: "the biggest mistake of all ideology is to think that a housekeeper equals a another one, African equals another African etc". C(h)oeurs is a weapon in the fight against this simplistic generalization, a peaceful weapon that offers new ways to make the link between unity and unison, the individual and the group.
By a fluid and sometimes almost classical dance, sometimes tense and spasm, Alain Platel with his 10 dancers and 80 singers (and often dancers too) try to convey both emotion and political impact of these large choruses (Choeurs in French),  and how they talk to every heart (coeurs, also in French). The purpose is sometimes difficult to follow, but there are some striking moments that will remain etched in the annals: The Dies Irae from Verdi's Missa da Requiem, on the empty stage and the choir invisible in the black - I've never heard at this point sound becoming matter -, the bright and sweet duet on the prelude to the third act of La Traviata, "Heil König Heinrich" of Wagner's Lohengrin sung perfectly false by a dancer and yet so true in the way we live this music - or another we hum awkwardly and with conviction too. 
C(h)oeurs is a work of great musical intelligence, civic engagement in witch singing and dance are perfectly united in one choreographic gesture. It is not nothing, and it's even the best demonstration that Alain Platel's aspiration for a fraternal society is not an illusion.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire