samedi 30 novembre 2013

Tragedy of a friendship, de Jan Fabre

La joute amoureuse de chevaliers brandissant des épées brillantes, une sirène à la queue argentée du papier aluminium, le timbre des notes recueilli dans les sacs plastique d’écouteuses captivées, mouvement inlassablement répété des naïades happées par les abimes et en échappant … les scènes frappantes de beauté ne manquent pas dans le dernier spectacle de Jan Fabre. Les scènes provocatrices aussi, qui ont fait rapidement fuir un public vite effarouché par du « sexuellement explicite » pourtant sans grand intérêt. Commandé par l’Opéra flamand pour le centenaire de la mort de Richard Wagner, ce retour en images scrute quelques thèmes des treize opéras du compositeur – et accessoirement son amitié avec Nietsche. L’artiste anversois y convoque  sans concession (3 heures et quart sans entracte !) l’arrière fond wagnérien fait d’ambiguïtés et de fantasme, de révolte et de rédemption. Parfois il fait mouche, parfois la complaisance lui fait rater sa cible. La scène finale du Crépuscule des dieux ouvre chez Wagner sur l’image d’une humanité libérée. Elle devient ici une scène de sexe débridé. Si orgie il y a, et en effet cela se conçoit, elle aurait ceci de paradoxal qu’elle serait amoureuse. Mais Jan Fabre se moque du contre-sens, et finalement, c’est pas mal. Car l’intérêt du spectacle est ailleurs, il est dans la prise de contrôle d’un imaginaire par un autre imaginaire. Car nous n’avons pas assisté à  « Wagner vu par Jan Fabre », mais à un autoportrait de Jan Fabre,  qui cherche à faire quelque chose du tissage d’échos, de références, de reformulations, de signes, de symboles qui résonnent dans son esprit. Serait-ce l’expression d’un nombrilisme insupportable ? On peut le croire, mais dans ce cas nous oublions que la pensée elle même procède ainsi. La pensée, donc la notre. Peut-être pas de manière aussi radicale, mais ne faut-il cette radicalité-là pour montrer la matière dont est fait notre esprit ? On peut se questionner sur la « mystique profane » de Jan Fabre, mais ne pas douter sur le fait que, comme tout mystique, il entrebâille des portes.

The loving joust of knights brandishing shiny swords, the silver foil tail of the mermaid, the notes collected in plastic bags by captivated listeners,  the tirelessly repeated movement of nymphs caught up in the abyss and beyond ... the striking and beautiful scenes is not lacking in the last show of Jan Fabre. Provocative scenes too, which made some people in the audience quickly leave, scared by "sexually explicit" yet without real interest. Commissioned by the Flemish Opera for the centenary of the death of Richard Wagner, the show is a return in pictures that scans some themes of the composer’s thirteen operas - and incidentally his friendship with Nietzsche. The Antwerp artist carries uncompromisingly (3:15 without intermission!) the Wagnerian background, made of ambiguities and fantasy, rebellion and redemption. Sometimes it's hit the bull’s eye, sometimes complacency makes him miss his target. The final scene of Götterdämmerung opens in Wagner on the image of a liberated humanity. Here it becomes a scene of unbridled sex. If orgy there, and indeed that is understandable, it is paradoxical that it would be an orgy of love. But Jan Fabre mocks against nonsense, and finally, it is not bad. Because the interest of the show is elsewhere, in the takeover of an imagination by another one. Because we did not attend "Wagner viewed by Jan Fabre", but a self-portrait of Jan Fabre, who is looking to do something with weaving echoes, references, reformulations , signs , symbols that resonate in his mind. Is this an expression of unbearable self-absorption? We might think, but in this case we forget that thought itself proceeds this way. Thought, therefore ours. Perhaps not so radically, but radicalism can show the material from which our mind is made. One's can question Jan Fabre's "secular mysticism", but do not doubt the fact that, like all mystical, it opens doors.


 

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