lundi 11 novembre 2013

Villa Cavrois / Cavrois Mansion

L’expérience pédagogique que j’ai fréquemment faite avec les étudiants montre que face à la culture dite « classique » - qui reste le socle d’une identification sociale, beaucoup d’entre eux restent « complexés». Il y a en effet un complexe culturel réel, qui semble être le principal obstacle à la découverte, au plaisir esthétique et à l’ouverture d’esprit. Il suffit de laisser la parole aux jeunes, et donc de les autoriser à se tromper, à ne pas savoir (c’est ce qu’ils croient !) pour qu’ils découvrent qu’ils ont saisi l’essentiel. Les mots leur manquent encore, mais l’intelligence est à l’œuvre.
C’est sur cette expérience que se base le projet d’animation de la Villa Cavrois. Il s’agit d’un  programme de formation supplémentaire et de soutien pour lycéens de condition sociale et culturelle modeste en vue d'accéder à l'enseignement supérieur à partir d’un dispositif « d’inversion de la parole », qui part « d’en bas ». Il s'agit de laisser s'exprimer les jeunes, avec l'aide d'un accompagnateur plutôt que de leur assener le discours savant du guide ou du conférencier. Car ce qui est vrai pour mes étudiants provenant pour la plupart des classes moyennes – supérieures, l’est encore plus pour des jeunes de classes « populaires », « défavorisées ». Pour eux tous, la question n’est pas d’être les plus intelligents, mais de maîtriser les cadres culturels intégrateurs, qui sont primordiaux pour accéder à une réelle capacité à penser par soi-même, de s’orienter, et de construire des choix. En un mot, d’être libre.
Le support de cette pédagogie de l’étonnement et de la prise de parole accompagnée est la présence d’œuvres d’art dans le grand salon. De tout style et époque, des œuvres issues de collections publiques ou privées renouvelées mensuellement serviraient d’appui à la démarche. Voici le guide des questions pour cette appropriation. Il marche à tous les coups. Les étudiants sont en binômes et se causent. Durée demandée: 15mn. Durée observée: une demie-heure en moyenne.
« 1/ Quel est le titre exact du tableau ? 2/ Décrivez le tableau en 5 points. 3/ Postures, expressions, décors, couleurs et lumières ont été choisis par le peintre et ont donc une signification. D’après vous, laquelle ? 4/ En conclusion, quel nouveau titre donneriez-vous au tableau, qui rende compte de votre analyse (de quoi parle réellement le tableau ?) »
Ce projet pédagogique peut être mis en œuvre dans n’importe quel lieu. Pourtant il peut trouver une efficacité et un éclat tout particulier dans la Villa Cavrois. Car cette maison, avec l’amplitude de ses espaces et ses grands murs nus, est porteuse d’un étonnement et d’une autre esthétique, d’un possible déplacement. Voulue en 1930 par Paul Cavrois, un riche industriel du nord, et construite par Robert Mallet-Stevens, chef de file de l’art déco français, cette maison trouverait ainsi une vocation paradoxale mais signifiante. Elle deviendrait plus qu’un simple musée mais le point de départ d’un apprentissage esthétique vécu en profondeur. L’organisation de la Villa se prête à ce type d'activité: les communs et les chambres peuvent recevoir de petits groupes ; le salon, les salles à manger et la salle de jeu des groupes plus importants. Les rendez-vous à la Villa pourraient être hebdomadaires tout au long de l’année scolaire. Cette répétitivité offrirait la chance d’intégrer progressivement cette expérience culturelle et esthétique. Elle permettrait enfin d’ « habiter » la Villa, de lui donner réellement une seconde vie, d’en faire un lieu d’échange et de modernité sociale. Cela serait certainement très favorablement perçu par les visiteurs occasionnels du lieu.

Projet #67, 2009, en collaboration avec Isabelle Sequeira, Département « hommes et cultures », EDHEC.


The educational experience I have frequently made with students shows that facing "traditional culture"- which remains the cornerstone of social identification, many of them are "complexed". There is indeed a real cultural complex, which seems to be the main obstacle to discovery, aestetic pleasure and openness. You just have to hand over to young people, and therefore to allow them to make mistakes, to not know (that's what they think!), and they discover that they have grasped the basics. Their words are still missing, but intelligence is at work.
The Cavrois mansion animation project is based on this experience. It is a program of additional training and support for students of modest social and cultural condition for access to high education, based on « reverse speech » learning sheme, and applies « teaching from below » principles. This is to let young people express themselves with the help of a guide rather than force them with the scholarly discourse of a guide or a lecturer. For what is true from my students who belong to the middle-upper class, is more for young from « popular » class, « disadvantaged ». For all of them, the question is not to be the most intelligent, but to master the cultural frameworks integrators, which are crucial to access real ability to think for oneself, build choice and be a successful investor. In a word, to be free.
The presence of works of art in the grand salon supports the teaching of astonishment and speaking. From any style and time, works from public and private collections are updated monthly and serve to support the process. Here is the guide questions for this appropriation. It works every time. Students are in pairs and discuss. Time required: 15 minutes. Observed duration: half an hour on average.
« 1/ What is the exact title of the painting ? 2/ Describe it five points. 3/ Postures, expressions, sets, lights and colors were chosen by the painter and thus have a meaning. According to you, which one? 4/ In conclusion, what new title would you give to the painting that reflects your analysis (which actually the picture speaks about) ?»
This educational project can be implemented in any place. Yet it can find efficiency and a special sparkle in Cavrois Mansion. For this house, with the magnitude of its spaces and large bare walls, carries a surprise and another aesthetic, a possible displacement. Required in 1930 by Paul Cavrois, a wealthy manufacturer from northern France and built by Robert Mallet-Stevens, leader of Art Deco movement, this house will find with this project a paradoxical but meaningful vocation. It will become more than just a museum, but the starting point of a deep aesthetic learning experience. The Villa’s plan lends itself to this type of activity. Common and rooms can accommodate small groups, the living room, dining room and game room larger groups. Appointments at the Villa could be weekly throughout the academic year. This repeatability offer the chance to gradually integrate this cultural discovery. It would allow for a « Living » house, give it a second life, make it a place of exchange and social modernity. This would certainly be viewed favorably by casual visitors.

Work #67, 2009, with Isabelle Sequeira, head teacher «men and cultures» training, EDHEC.


La Villa, restaurée ces dernières années par Rabot-Dutilleul, commence à être ouverte au public.
The mansion, restored in recent years by Rabot-Dutilleul begins to be open to the public.


Deux images d'époque: le grand salon et la salle à manger. Murs blancs, bois et marbres précieux, mobilier sur-mesure.
Two vintage images: the large living room and the dining room. White walls, precious woods and marbles, custom-designed furniture.

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