dimanche 5 janvier 2014

Ce qu’est la curiosité / What curiosity is.

A la question que Michel Foucault se pose à lui-même sur la raison de son entreprise (l'histoire de la sexualité) il répond:
« C'est la curiosité - la seule espèce de curiosité en tous cas, qui vaille la peine d'être pratiquée avec un peu d'obstination: non pas celle qui cherche qui cherche à s'assimiler ce qu'il convient de connaître, mais celle qui permet de se déprendre de soi-même. que vaudrait l'acharnement du savoir s'il ne devait assurer que l'acquisition des connaissances, et non pas, d'une certaine façon et autant que faire se peut, l'égarement de celui qui connaît? Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu'on ne pense et percevoir autrement qu'on ne voit est indispensable pour continuer à regarder et à réfléchir. On me dira peut-être que ces jeux avec soi-même n'ont qu'à rester en coulisses; et qu'ils font, au mieux, partie des travaux de préparation qui s'effacent d'eux mêmes lorsqu'ils ont pris leurs effets. Mais qu'est-ce donc que la philosophie aujourd'hui - je veux dire l'activité philosophique - si elle n'est pas le travail critique de la pensée sur elle-même? Et si elle ne consiste pas, au lieu de légitimer ce qu'on sait déjà, à entreprendre de savoir comment et jusqu'où il serait possible de penser autrement? Il y a  toujours quelque chose de dérisoire dans le discours philosophique lorsqu'il veut, de l'extérieur, faire la loi aux autres, leur dire où est leur vérité, et comment la trouver, ou lorsqu'il se fait fort d'instruire leur procès en positivité naïve; mais c'est son droit d'explorer ce qui, dans sa propre pensée, peut être changé par exercice qu'il fait d'un savoir qui lui est étranger. L' « essai » - qu'il faut entendre comme épreuve modificatrice de soi-même dans le jeu de la vérité et non comme appropriation simplificatrice d'autrui à des fins de communication - est le corps vivant de la philosophie, si du moins celle-ci est encore maintenant ce qu'elle était autrefois, c'est à dire une  « ascèse », un exercice de soi, dans la pensée. »
(Histoire de la sexualité II / l'usage des plaisirs, Introduction, page 15, Gallimard Collection Tel)


To the question Michel Foucault ask to himself about why this investigation (the history of sexuality) he replied:
« It was curiosity - the only kind of curiosity, in any case, that is worth acting upon with a degree of obstinacy: not the curiosity that seeks to assimilate what it is proper for one to know, but that which enables one to get free of oneself. After all, what would be the value of the passion for knowl­ edge if it resulted only in a certain amount of knowledgeable­ ness and not, in one way or another and to the extent possible, in the knower's straying afield of himself? There are times in life when the question of knowing if one can think differently than one thinks, and perceive differently than one sees, is absolutely necessary if one is to go on looking and reflecting at all. People will say, perhaps, that these games with oneself would better be left backstage; or, at best, that they might properly form part of those preliminary exercises that are forgotten once they have served their purpose. But, then, what is philosophy today-philosophical activity, I mean-if it is not the critical work that thought brings to bear on itself? In what does it consist, if not in the endeavor to know how and to what extent it might be possible to think differently, instead of legitimating what is already known? There is always some­ thing ludicrous in philosophical discourse when it tries, from the outside, to dictate to others, to tell them where their truth is and how to find it, or when it works up a case against them in the language of naive positivity. But it is entitled to explore what might be changed, in its own thought, through the prac­ tice of a knowledge that is foreign to it. The « essay » - which should be understood as the assay or test by which, in the game of truth, one undergoes changes, and not as the simplis­ tic appropriation of others for the purpose of communication -is the living substance of philosophy, at least if we assume that philosophy is still what it was in times past, i.e., an « ascesis »" askesis, an exercise of oneself in the activity of thought. »
(History of Sexuality II / the use of pleasures, introduction, page 9 ed Vintage Books)


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