lundi 10 février 2014

Jenufa, de Leos Janacek

Théâtre de la Monnaie, Bruxelles / La Monnaie Brussels Opera House, 26 janvier 2014

Il y a de nombreuses façons de mettre en scène une œuvre théâtrale ou d’opéra, de la manière la plus classique et conventionnelle qui prend l’histoire proposée au pied de la lettre, à la manière la plus contemporaine, qui cherche par l’analyse psychologique ou sociale, par la transposition ou l’interprétation de rendre compte de l’actualité de l’œuvre, lui donnant ainsi les moyens de rejoindre le public dans son expérience humaine la plus intime.
Le spectacle que vient de proposer le metteur en scène letton Alvis Hermanis à La Monnaie sort assez radicalement de ce schéma. Sa très grande réussite marquera peut-être une étape dans l’histoire de la mise en scène d’opéra, au même titre, mais pour des raisons différentes, que le travail de Romeo Castelucci sur Parsifal, il y a trois saisons.
Sur les trois actes de l’œuvre, seul l’acte médian où se noue la violence de l’histoire de Jenufa suit le « canon » de la mise en scène actuelle. L’action est située dans un appartement misérable, la direction d’acteur est d’un réalisme et finesse remarquables. Quant aux actes encadrant le drame, Alvis Hermanis à choisi de les monter de manière totalement distanciée, en se référant au contexte artistique de la création de l’œuvre : les costumes sont inspirés des vêtements traditionnels de Moravie, la où Janacek a puisé son inspiration musicale, le décor est fait de projection d’oeuvres de Alfons Mucha, la chorégraphie s’inspire de celles des ballets russes et de Nijinsky.
L’équivalence visuelle fonctionne-t-elle suffisamment par rapport à l’esthétique musicale de l’œuvre ? Ce n’est pas certain, dans la mesure où il n’est pas évident que Mucha et de Nijinsky aient fait partie du monde de Janacek. La réussite, pour paraitre esthétisante, est cependant complète car le mouvement permanent donné à voir répond parfaitement au mouvement même des thèmes musicaux et à la richesse orchestrale. De même les costumes, empêchant les gestes fluides des chanteurs, disent l’engoncement social qui sert de cadre à l’histoire.
Une chose est claire, Alvis Hermanis vient de montrer qu’il est possible de bâtir un propos scénique à partir du moment esthétique global dans laquelle est né un opéra. Piste de renouvellement à suivre de près de cette question propre à l’opéra : en faire une œuvre d’art totale, où théâtre, musique et arts visuels entrent en résonance.

Le spectacle sera diffusé en streaming sur le site du théâtre de la Monnaie du 13 février au 5 mars. A ne manquer sous aucun prétexte !



There are many ways to stage a theatre piece or opera, from the most traditional and conventional way that takes literally the proposed history to the most contemporary way, which seeks by the psychological or social analysis, by transposition or interpretation, to better assess the relevance of the work, giving it the means to reach the public in its most intimate human experience.
The show just proposed by the Latvian director Alvis Hermanis at La Monnaie don’t follow at all this scheme. His great success can be a milestone in the history of staging opera in the same way , but for different reasons, that the work of Romeo Castelucci on Parsifal , here in Brussels three seasons ago.
Of the three acts of the work, only the middle act in which all the violence of Janufa’s story explodes  follows the "canon" of the current staging style. The action is set in a miserable apartment, realism and finesse of actors direction are remarkable. For the acts flanking the drama Hermanis shows them in a completely distanced manner, referring to the artistic context of the creation of the work: the costumes are inspired by traditional clothing of Moravia, where Janacek drew inspiration for its music , the set is made of projection works of Alfons Mucha, the choreography is inspired by those of the ballets Russes and Nijinsky .
Do the visual equivalence works sufficiently with respect to the musical aesthetics of the work? It is not certain, insofar as it is not obvious that Mucha and Nijinsky were part of Janacek’s world and imagination. However, this show, even if it is a bit ornemental, is an entire success because of the constant movement on the stage meets perfectly the musical movement of themes and orchestral colors. Likewise the magnificent and heavy costumes, preventing fluid gestures singers, says social engoncement which provides the framework for the story.
One thing is clear, Hermanis have just shown that it’s possible to build a scenic purpose from the overall aesthetic moment in which an opera piece was created . This is a track to monitor, because it’s renews the specific issue of opera as a total work of art, where theater, music and visual arts resonate.

The show will be streamed on the website of La Monnaie from February 13 to March 5 . Not to be missed !

Acte 1

Acte 2

Acte 3

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