lundi 10 février 2014

Prihody Lisky bystrousky, de Leos Janack

Opera de Lille, 30 janvier 2014

Quant à 70 ans Janacek entreprend de composer « La Petite renarde rusée », il n’était pas sénile, et n’en déplaise aux nombreux commentaires entendus à l’entracte ou à la sortie du spectacle, n’a pas cherché à faire une œuvre « charmante », même si elle met en scène les animaux de la foret. Le public d’opéra est il le pire public qui soit ? Oublier à ce point qu’il s’agit d’une fable me le fait, une fois de plus, craindre. Non, « La petite renarde rusée » n’est pas « charmante » et « délicieuse », c’est un chef d’œuvre. Et pas que musical. C’est un chef d’œuvre de sagesse. Le temps fuit et la mélancolie peut s’installer. Mais le temps ne fait pas que fuir, le temps n’existe peut-être même pas réellement. C’est ce qu’apporte de pénétrer le mouvement permanent de la nature, et de ses cycles imperturbables. Janacek y croit, et le dit en musique. Comme le final de Jenufa, celui de « la petite renarde » est d’un optimisme et d’une largesse de vue confondants de générosité.  Robert Carsen et son décorateur Gideon Davey ont tout compris de l’œuvre. En mettant en scène les saisons qui se suivent, de l’automne au printemps, ils ne font pas que dans le décoratif, même si la simplicité du décor renvoie à la clarté de la musique. Sans même que l’on s’en rende compte ils posent l’écho juste au thème de l’œuvre. La réussite de ce spectacle est dans cette subtilité et, peut–on oser dire cette humilité, qui rejoignent celles de Janacek. Celles qui apportent la réconciliation avec le temps, la paix reconquise.

On dit qu'à la générale, à la fin de l'opéra, quand le garde-chasse chante son grand monologue, Janacek aurait pleuré et dit "Vous jouerez cela quand je serai mort". (...) C'est alors qu'il se passa quelque chose de poignant, d'inoubliable. Il était dix heure et demie, et de l'orchestre, placé de l'autre côté du foyer, derrière le cercueil, s'élevèrent les dernières mesures de Lisky Brytrouskry - c'était l'orchestre du Théâtre National de Brno sous la direction de Frantisek Neumann. Adolf Flögl chanta le texte du Garde. C'était la scène ou le maître exprime sa philosophie de la vie et de la mort. Et quand au mot "laska" (amour) s'éleva en une large courbe cette mélodie si simple, si chaleureuse et expressive, chacun senti involontairement que, en vérité, pendant cette musique, " les hommes marcheront la tête inclinée et comprendront qu'une félicité qui n'est pas de la terre est passée par là".
(Adolf E. Vasek, Pro Stopach dra leose Janacka, 1930)




When, at 70, Janacek began composing "The Cunning Little Vixen " he was not senile, and no offense to the many comments heard during intermission or at the end of the show, did not seek to make a "charming" work, although it depicts the forest animals. Is the opera audience the worst public? Forget that this is first a fable makes me affraid yes, once again. No, "The Cunning Little Vixen" is not "charming" and " delightful ". It’s a masterpiece. And not just for the music. It is a masterpiece of wisdom. Time flies and melancholy can be installed. But time does not just fly, the time can not even be actually exists. This is what brings to enter the permanent movement of nature and its unperturbed cycles. Janacek believes it and says this in music. As the end of Jenufa , that of "The Little Vixen" is deeply optimistic and confounding for generosity. Robert Carsen and his set designer Gideon Davey have understood all of the work. By staging the succeeding seasons, from autumn to spring, they not only makes a decorative  set, even if its simple décor refers to the clarity of the music. Even without one noticing, they have posed the perfect echo to the theme of the piece. The success of this show is in this subtlety and, dare we say, this humility, which join those of Janacek. And provides reconciliation with time, peace regained.

It is said that at the dress reharsal, at the end of the opera, when the gamekeeper sings his monologue, Janacek apparently wept, and said, "You must play this when I die." (...) It was then that a painful, unforgettable moment occured. It was half-past ten, and from the orchestra, placed on the other side of the foyer, behind the coffin, rang out the last measures of Lisky Brytrouskry - it was the orchestra of the Brno National Theatre playing under the direction of its chief conductor Adolf Neumann. Frantisek Flögl sang the words of the Gamekeeper. It was the scene into which the deceased master placed his philosophy of life and death. And when, at the word "laska" (Love) rang out the broadly arching melody, so warm and so expressive, everyone felt involuntarily that truly during those sounds "men and women will walk with head bowed and realise that a more-than-earthly joy has passed that way."
(Adolf E. Vasek, Pro Stopach dra Leose Janáčka, 1930)




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