lundi 12 mai 2014

Gymnase ICAM

Exploiter au maximum les surfaces disponibles au sol pour agrandir les ateliers industriels de l’Institut Catholique d’Art et Métiers, maintenir les activités sportives existantes sur cette partie du site, connecter la cour avec un jardin arrière enclavé… Voilà le programme.
La réponse est un gymnase surélevé conçu comme un objet aérien exprimé par sa structure, et suffisamment différent dans son apparence pour articuler l’ensemble du bâti environnant et créer une nouvelle centralité. Deux rangées de poteaux en Y, dont les efforts sont repris par des tirants transversaux intégrés à la poutraison de la toiture, gèrent à la fois la peau extérieure constituée de coussins EFTE et la volumétrie intérieure exprimée par un filet protecteur. Sur circulation court sur toute la longueur, qui connecte la cour au jardin et dessert vestiaires et équipements techniques. Ce volume est optimisé en exploitant la surface de sa dalle supérieure pour différentes activités sportives moins consommatrices de surface (judo, tennis de table, step, gymnastique…). Pareillement le mur de fond est dédié à la pratique de l’escalade.

Gymnase de type C 44x22m / surface totale 2600m2 (RdCh ateliers 1300m2 + Etage équipement sportif 1300m2) / Estimation 2,5 M€. Etudes du 18 au 27 février 2014.





Renouveler la vue

Musée du Louvre-Lens par SANAA / Fond Régional d’Art Contemporain Nord Pas-de-Calais à Dunkerque par Lacaton & Vassal.

Il ne peut y avoir de propositions à ce point différentes entre le Louvre-Lens et le FRAC NPdC, les deux réalisations remarquables récemment livrées dans la région. Autant le travail de SANAA  (Sejima And Nishizawa And Associates) joue l’épure jusqu’au point d’une tentative de disparition de l’architecture, autant celui de Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal développe avec détermination la richesse d’expression des matériaux modestes.
Un point commun cependant, et remarquable, qui concerne la question du regard. L’architecture moderne avait redécouvert les possibilités de cadrage qu’offrent les fenêtres. Les vues judicieusement choisies faisaient des paysages environnants autant de tableaux. Le Louvre-Lens et le FRAC NPdC font un pas de plus en s’intéressant  non plus à la fenêtre et son cadre, mais à son remplissage, c’est à dire à la fermeture de cette ouverture. Car l’épaisseur transparente du verre peut être interrogée. Et son traitement peut produire une modification de la perception du réel que cadre la fenêtre, et faire voir autrement. Effet décoratif ? Il faut être bien conscient de ce que l’on fait ! En l’occurrence les plaques d’aluminium de SANAA ou les coussins EFTE de Lacaton & Vassal donnent à voir ce que cache l’apparente ingratitude du paysage lensois ou Dunkerquois : la délicate poésie des choses simples.







Zurbaran / Boesmans

Exposition Franciso de Zurbaran, Bozart Bruxelles / Au Monde, opéra de Philippe Boesmans,livret et mise en scène de Joël Pommerat,  La Monnaie 12 avril 2014 (création mondiale).

Comment ne pourrait-être pas impressionné par le « Saint François méditant » de Zurbaran ? L’hiératisme de la posture, le visage dans clair obscur, l’abstraction mystique du fond…  C’est bien ce que donne à voir l’image du tableau. Il y a plus à être confronté à l’oeuvre réelle. Une autre vérité apparaît, beaucoup moins mélodramatique : la finesse des traits du visage et la tache rouge du stigmate qui transparait sur la tunique sont imperceptibles sur les reproductions. Ils donnent à voir une autre profondeur, autrement plus intime, délicate, et palpitante de vie. Une sobriété qui est douceur et miséricorde, point le plus juste de l’expérience humaine.

A trois siècles de distance et par de tous autres moyens artistiques, « Au monde », le dernier opus de Philippe Boesmans sur un livret de Joël Pommerat, atteint à la même exactitude. On oublie souvent trop vite que nous produisons aujourd’hui autant de chef d’œuvre que par le passé. Impossible de s’arrêter uniquement à la rudesse feutrée qui fait toute la violence de la situation mise en musique (la transmission de l’héritage au sein d’une famille de grands industriels). Il s’agit en effet que d’un prétexte pour explorer les âmes dans leur dénuement et y porter un regard sans jugement, et même bienveillant, compatissant. Comprendre et pardonner. Les seuls chemins ouverts sont ceux de cette humilité là.