jeudi 31 juillet 2014

L’opéra est-il un spectacle populaire ?

Il y a mieux pour se convaincre que l’opéra est un art populaire que de convoquer le souvenir du grand divertissement qu’il fut au XIXe siècle où les italiens criaient « viva Verdi » à l’époque du risorgimiento (Verdi : « Viva Victor Emmanuelle Re Di Italia »). Il y a en effet mieux. Bien au delà des conventions bourgeoises et des costumes gris en représentation, il y a l’expérience.
L’English National Opera de Londres donne tous ses spectacles en anglais. Mozart, Puccini, Berlioz, tous y chantent dans la langue de Shakespeare alors que partout ailleurs dans le monde les œuvres sont données dans leurs langues originales. La musicalité y perd, c’est évident. Mais les textes, traduits dans l’anglais d’aujourd’hui, permettent au public de s’impliquer dans l’action scénique avec une franchise absolument perceptible. Sans compter que le Coliseum où réside l’ENO est plus grande salle de spectacle de Londres, ce qui permet d’avoir des places jusqu’au dernier moment. Aller à l’opéra, habillé comme on est, comme on va au cinéma ? Rien de plus normal.
Depuis 100 ans les Arènes de Vérone proposent en juillet et août une cinquantaine de représentations, à raison de 12.000 spectateurs pour chacune. 600.000 par édition, il faut croire que ça marche… Turandot de Puccini est à l’affiche en ce 26 juillet, sous un ciel menaçant – que bruto tempo. Derrière moi ça fredonne et ça commente pendant que la musique joue, mais tout le monde se tait pendant le grand air de la soprano. Au milieu du second acte il se remet à pleuvoir. « Il miracolo dell’arena » n’aura pas duré… En attendant à l’abri des coursives de l’arène de savoir quand le spectacle reprendra il est passionnant d’écouter les commentaires des spectateurs dissertant sur les qualités musicales et les techniques vocales des artistes. Cela est si juste et précis que l’évidence d’un fait culturel pourtant bien connu me saute aux yeux : l’Italie est bien le pays du beau chant, du bel canto. Un pays où parfois il pleut…  La semaine précédente Aida avait été donnée en petits bouts, mais la représentation était quand même arrivée à son terme, bien qu’il fût 4 heures du matin… Cette fois-ci la météo ne s’arrangeant pas la représentation sera annulée. Ce qui cependant ne manquera pas d’en faire rire quelques uns, qui n’avaient pourtant pas vu ça en 25 ans. Soirée formidable qui restera dans les annales.

Les arènes de Vérone n'ont pas réellement de coulisses: les décors son entreposés à l'extérieur, dont les éléments les plus volumineux sont installés sur scène à l'aide d'une grue. 

On s'y prend à la dernière minute? Le public est déjà là et on s'active sur scène. Mais il y l'excuse de la pluie...


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