lundi 21 juillet 2014

Marseille / 1 : Euroméditerranée.

Retour à Marseille après deux ans d’absence. La ville, par certains côtés, est égale à elle-même, sèche et un peu décrépie, bricolée et saturée. Marseille est une ville dense, dense de population, de circulation, d’immeubles. A ce titre j’avais oublié l’importance du bâti du XIXe siècle, logements sur 6 étages en moyenne, de type haussmannien, et que l’on retrouve jusqu’à assez loin de l’hypercentre. C’est dire que Marseille est depuis longtemps déjà une sorte de « ventre urbain ».
Ville égale à elle même, donc. Mais qu’en un seul tour dans le nouveau quartier de la Joliette-Euroméditerranée à amplement infirmé. Euroméditerranée est la plus importante opération de rénovation urbaine d’Europe. Débutée en 1995, elle couvre 480 hectares et représente à ce jour un investissement de 7 milliards d’Euros. On y trouve tous les éléments nécessaires à la ville et la vie urbaine : logements diversifiés, quartier d’affaires, services et commerces, équipements sportifs, de loisir et de culture. Par rapport à l’axe Est-Ouest que forme la Canebière et qui sépare la ville entre quartiers Nord et Sud, Euroméditerranée cette frontière invisible et rééquilibre le nord de l’hypercentre, longtemps en déshérence.
La réussite est-elle en passe d’être exceptionnelle ? Cela est fort probable. Car il ne s’agit pas d’une simple opération urbaine de plus. Ou, du moins, elle à cela de remarquable qu’elle répond  - mieux : qu’elle renforce – l’esprit des lieux propre à Marseille. Ce nouveau quartier est aussi Marseille dans ce que la ville a d’immémorial : la mer, le calcaire, le soleil ; sans apprêts et même avec une certaine rudesse et des espaces comme creusés qui accueillent la vie des gens. Bref, une dimension quasi-cosmique expérimentée dans une échelle à mesure humaine.
Ce coin de vile fut jusque dans les années 70 le lieu des activités industrielles et portuaires, balafré par de grandes percées autoroutières et viaducs. Au plus proche de l’arrivée en ville ils ont été raccourcis et se transforment en boulevards urbains. Les constructions neuves sont de styles assez variés, même si toutes ne sont pas d’une originalité folle. Le traitement paysager qui accompagne l’ensemble de l’opération est particulièrement systématique et soigné. Tout cela réussi à intégrer dans une nouvelle expérience de ville, métropole d’activités et de flux, ce qui n’était alors que désorganisation et coups de canif dans le tissu urbain. Là me semble la réussite de Euroméditerranée, qui offre une nouvelle expérience de vie, honore l’identité de Marseille et la renforce en ce qu’elle à de meilleur : un cosmopolitisme ouvert.

Deux citations glanées ça et là pour compléter.
« Marseille est une énigme, une maison avec plusieurs portes et fenêtres toujours ouvertes » (Tahar Ben Jelloun, la nuit sacrée, 1987)
« Cette vile est une leçon (…). Attentive, elle écoute la voix du vaste monde et, forte de cette expérience, elle engage, en notre nom, la conversation avec la terre entière. Une oriflamme claquant au vent sur l’infini de l’horizon, voilà Marseille » (Albert Londres, Marseille porte du sud, 1927)

Marseille a enfin quitté ses mauvaises habitudes de bricolage et de genfoutisme et fait preuve aujourd’hui de précision, de qualité. Est-ce le résultat de l’arrivée de gens du Nord, attirés par le soleil et une vie plus agréable, et ce depuis le raccordement de la ville au reste du pays grâce au TGV ? Toujours est-il qu’aujourd’hui Marseille parle enfin à nouveau et à quelque chose à offrir. Il ne faut surtout plus hésiter à descendre et découvrir la ville, au moins le temps d’un long week-end !

Le réaménagement de La Joliette. A droite la cathédrale de la Major, au fond la tour CMA-CGM de Zaha Hadid


L'architecture que l'on construit aujourd'hui est parfois marquée par un caractère international assez neutre à force de design. Elle peut aussi avoir un caractère local affirmé, et je vois dans les réalisations récentes de Marseille un tempérament spécifiquement méditerranéen, réussi et qui me plait tant je le reconnais (20 ans à Marseille y compris les études d'archi, ça ne s'oublie pas...)


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire