lundi 21 juillet 2014

Marseille / 2 : Le MUCEM, Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée.

Les pieds quasiment dans l’eau, au pied du séculaire fort Saint Jean, Rudy Riccioti a posé un bâtiment parfaitement à sa place, dans ses proportions et son impact. Le MUCEM est un bâtiment de plan carré, dont la hauteur se règle sur celle des murailles du fort, enveloppé d’une maille aléatoirement perforée de béton anthracite jouant avec la pierre rosée de son voisin. La grande passerelle qui lie par leurs sommets les deux entités est magnifique d’acuité structurelle et d’efficacité scénographique. Elle ménage une magnifique arrivée au musée juste au dessus de la planéité du toit, horizon architectural dialoguant avec le panorama de la rade de Marseille, extraordinaire et inlassable paysage.
L’organisation du bâtiment se comprend rapidement. Au Sud et à l’Ouest la maille, à l’Est et au Nord des bureaux et locaux de service. Au centre les espaces d’exposition, bâtiment dans le bâtiment, au plan lui aussi carré, ceinturé de piliers aux formes arborescentes. Une faille fait le lien entre les flancs et le cœur. Elle est occupée par une rampe qui descend doucement en tournant autour des salles d’exposition, et joint depuis la passerelle l’esplanade de bord de mer où se trouve l’entrée effective du musée. Partout l’anthracite domine, à l’extérieur comme à l’intérieur.
Si l’ensemble fascine au premier abord par sa franchise et sa lisibilité, le parti s’affaisse au fur et à mesure que l’on rentre plus avant dans le cœur du bâtiment. La rampe, au début spectaculaire, devient vite monotone, les effets différenciés de vues plongeantes sur les piliers et la lumière diffusée par la maille ne suffisant pas à renouveler l’intérêt du parcours. Les piliers eux-mêmes manquent de recul et ne peuvent ainsi déployer toute leur expressivité organique. Quant à l’intérieur, les salles d’exposition bien que fonctionnelles achèvent de donner le sentiment d’un bâtiment enfermé sur lui-même. Déception d’une œuvre qui promet beaucoup et donne peu.
Rudy Ricciotti, toujours se défiant des lieux communs – il a bien raison ! – parle à propos des piliers arborescents d’ « os de poulet ». Manière très juste de mettre à distance le sentimentalisme associé aux arbres, à la forêt, et plus généralement au végétal. Pour autant il me semble que son bâtiment est d’une nature profondément romantique. De part l’anthracite, le sombre, les entrailles. C’est peut-être là, dans cette posture première que le bât blesse.
Me revient le titre du premier l’ouvrage de René Girard, « mensonge romantique et vérité romanesque » (1961). Le romantisme du MUCEM de raconte finalement rien. Ni la maille, ni les piliers, ni la faille et sa rampe ne portent d’autres significations qu’eux-mêmes. Pour préciser je définirai le romantisme comme une sorte de complaisance en soi-même, dans une certaine sentimentalité y compris du malheur, un repli du réel plutôt que son affrontement - de sa transformation. D’où la grande ambiguïté qui se dégage de cette architecture. Elle manie tous les ingrédients formels de l’expressivité et reste pourtant dans une neutralité émotionnelle. Y aurait-il donc potentiellement plus d’architecture à raconter une histoire (la vérité romanesque) qu’à exprimer un sentiment (le mensonge romantique) ? Telle pourrait être la question de fond que pose le MUCEM.





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