lundi 21 juillet 2014

Marseille / 3 : Le Fonds Régional d’Art Contemporain Provence-Alpes-Côte d’Azur

Il est certain que j’aime les architectures sobres, claires, limpides. Je pourrais dire aussi : modestes. Ce qui ne veut pas dire sans caractère, bien au contraire même. Car il faut du caractère  pour ne pas « occuper tout le terrain », avoir la liberté de laisser de la place aux autres, ne serait-ce que pour interagir, rentrer en relation. « Qui suis-je pour parler ? » Poser cette question ouvre précisément la possibilité de parler, c’est à dire de parler juste. L’éloquence n’est pas gesticulation, mais réside dans l’économie. Peu de mots peuvent peser beaucoup, et longtemps. C’est exactement ce dont il s’agit avec le FRAC construit par Kengo Kuma.
Les espaces intérieurs du FRAC sont d’une lisibilité parfaite, les circulations extrêmement claires, les détails aussi simples que maitrisés. Comme maintenant c’est souvent le cas les équipements techniques – ventilation, canalisation diverses, acoustique, éclairage – sont visibles et dessines les plafonds avec une réelle élégance. Rien que pour cela le bâtiment serait réussi. Mais il y a plus…
Kengo Kuma a dû travailler sur une parcelle à priori difficile, un triangle constitué par une rue et un boulevard se rejoignant en pointe sur une placette. Le coté sur boulevard est occupé par un immeuble d’habitation des années 50, le FRAC est en front à rue sur l’autre coté. Le talent de l’architecte se révèle dans la manière dans la manière dont il a traité le nécessaire cœur d’ilot. En ouvrant sa façade intérieure sur une terrasse il fait entrer par de larges baies une lumière généreuse. Mais surtout, il ne cache rien de la façade arrière de son modeste voisin, avec ses balcons encombrés d ‘arrière cuisines, ses fenêtres et leur rideaux… L’art et la vie, l’art pour les gens ? Ici, nous ne sommes ni dans l’intention, le slogan ou dans l’expression d’une conviction forte, pas même dans la métaphore mais dans l’évidence d’une réalité simple. Indubitablement voici une architecture sociale, politique. Peu de mots suffisent.
Le second « plus » du bâtiment est sa façade. Conventionnellement, une façade est comprise comme étant la face extérieure de la paroi qui clôt un bâtiment. Ouvertes ou fermées, ornées ou sobres, il y a des milliers de manières de faire une façade, première apparence de l’œuvre architecturale. Ce que donne d’abord à voir le FRAC est une saisissante multitude de facettes de verre posées comme en suspension et couvrant intégralement les faces du bâtiment. Ce « all-over » est fixé à distances variables du mur périphérique, lui-même revêtu de la plus simple manière d’une isolation par l’extérieur. Il y a donc d’une certaine manière deux façades, l’expressive et la technique. Cette disjonction est vraiment intéressante en ce qu’elle renouvelle l’approche pratique et théorique de ce que peut être aujourd’hui une façade. Elle offre aux talentueux le moyen d’une créativité nouvelle, proche des arts plastiques, sans pour autant renoncer (et même bien au contraire) à ce que l’architecture porte d’imaginaire et d’expérience universelle. J’en veux pour preuve la pointe du triangle, proue du navire, qui grâce à ce dispositif semble avoir vaincu la pesanteur et flotte dans les airs. Repenser les moyens de l’architecture pour créer de nouvelles émotions d’espace : le FRAC de Kengo Kuma est une leçon.




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