lundi 12 mai 2014

Brochette Lyrique

Mozart, La Finta Giardiniera. Opéra de Lille le 20 mars 2014 / Rossini, Otello. Vlaamse Opera Gent le 9 mars / Chostakovich, Lady Macbeth du district de Mtsensk. Vlaamse Opera Gent le 23 mars / Bartok, Kekszakallu Herceg Vara, Vlaamse Opera Antwerpen le 8 mai.

Quatre productions vues successivement et quatre réussites absolues. Comme tous les arts vivants, comme le cinéma ou le roman, les représentations lyriques peuvent toujours être de qualité variable, tant il y a de paramètres à gérer – interprétations musicale, vocale, scénique… Je marque donc d’une pierre blanche cette succession, unique jusqu’à ce jour dans mon expérience de spectateur.

Energie juvénile de la Finta Giardiniera composée par un Mozart de 18 ans, qui va au delà des badinages amoureux conventionnels du XVIIIe siècle galant pour atteindre à un je ne sais quoi d’actuel, peut être la difficulté des rencontres humaines. Et cela s’exprime sans la mélancolie qui plus tard traversera plus ou moins imperceptiblement les Noces, Don Giovanni ou Cosi. C’est d’ailleurs certainement cette absence de nostalgie qui fait la modernité du propos.

Evidement il y a des artistes qu’il convient absolument de saluer. Pour la Finta : Pierre Lescot (MeSc) et son décorateur Alwyne de Dardel, Emmanuelle Haim à la direction musicale.







Rossini, à priori si léger et si futile atteint lui aussi à l’incontournable du drame dans son Otello composé en 1811 dans la foulée du Barbier de Séville. Qui aurait pu dire qu’une succession d’airs à vocalises soit un moyen efficace pour exprimer et mener à l’inéluctable ? Le style n’est donc que la partie émergée de l’iceberg qu’est la création artistique. Toute la question est d’user du style comme du moyen à disposition pour parler, avec franchise. Passer l’apparence, c’est tout le difficile de l’art.

Pour Otello : Gregory Kunde dans le rôle titre et Carmen Romeu dans celui de Desdémone

Il n’y a plus aucune distance entre musique et histoire dans Lady Macbeth du district de Mtsensk de Dmitri Chostakovich (1925). L’expressionisme, la crudité et l’ironie sautent aux oreilles comme aux yeux. Le metteur en scène catalan Calixto Beito qui a fait de la provocation sa marque de fabrique – au risque évidemment d’une certaine facilité, sinon gratuité – est ici aussi sobre qu’un coup de poing.  Et ils sont nombreux dans cette œuvre.

Lady Macbeth : Ausrine Stundyte (Katerina), Ladislav Elgr (Sergeï), Dimitri Jurowsky et son orchestre ont été incroyablement en phase avec le metteur en scène. 

Judith, dernière épouse du comte Barbe Bleue, va le forcer à lui révéler ses secrets les plus intimes. Mise à nu que l’ouverture successive de 7 portes symbolise dans l’opéra en un acte Le château de Barbe Bleue de Bela Bartok (1914). Faut-il pour autant représenter sur scène ces portes ? Gros risque en effet que la figuration fasse s’évanouir l’évocation. La transformation-dislocation d’un grand salon très Mittle-Europa au fur et à mesure de l’avancée du drame suffit. Avec la magie de l’illusion théâtrale, quand le lac d’acier n’est plus vu de l’extérieur mais ou la scène est le lac.

Le Château de Barbe Bleue: le me-e-sc hongrois Kirenel Mundruczo, son décorateur Marton Agh, le chef anglais Martin Brabbins.





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