mardi 19 août 2014

Red Wings New Arena, regard européen sur le projet officiel

A voir comment le projet de la nouvelle Red Wings Arena a été managé à Détroit, il semble que la manière de procéder outre-atlantique pour communiquer les projets architecturaux structurants soit très différente de la nôtre. En France et en Europe, les résultats des concours d'architecture, images et maquettes des projets sont diffusées très rapidement après qu'aient été prises la décisions de leur réalisation. 
A Détroit, il aura fallu attendre fin juillet pour que soient communiquées les premières images l'Arena, alors que le montage financier, juridique et foncier était finalisé depuis un an, et les entreprises de construction désignées depuis six mois. D'ailleurs ces étapes préliminaires qui répétaient à l'envie les sommes faramineuses investies ont été l'occasion de bien plus d'articles et de commentaires que le projet architectural. A l'évidence, cela est affaire de culture. La valeur de l'argent, vaste question...

560 millions de dollars vont donc être investis pour revitaliser les parcelles en friche aux portes même du Down Town. L'intérêt du projet est qu'il présente une forte dimension urbaine, le futur stade n'étant pour une fois, et quel progrès, un objet solitaire, magnifique et finalement vain, mais un équipement connecté à un vrai morceau de ville et à échelle humaine. Lea promoteurs du projet ont donc légitimement raison de le présenter comme véritablement novateur dans le domaine des équipements sportifs.
Cependant la solution est radicale car le stade disparait totalement dans le réseau dense de rues, places et bâtiments à vocation essentiellement commerciale. Nul doute que ce dispositif sera économiquement rentable, il présente en effet tous les caractéristiques urbaines que l'on trouve à Greektown, l'unique quartier du coeur de Détroit qui vit le soir - et quelle ambiance! 

Qu'en est-il alors de la force symbolique que pourrait revêtir l'Arena? Il n'y a dans ce projet pas la moindre tentative de faire sens, de porter un signe. A mes yeux d'européen, cela est bien dommage pour la ville, que ce stade aurait pu auréoler. Mais tout cela est aussi affaire de culture: les théâtres américains ont toujours été associés à des immeubles de plusieurs dizaines d'étages abritant des bureaux, ces derniers assurant la rentabilité globale de l'opération. Finalement, la même logique est à l'oeuvre avec la nouvelle Arena des Red Wings, même si elle ici horizontale.
Mais ces théâtres, même issus de l'initiative privée (et non comme en Europe des édifices publics, à tous les sens du terme), étaient spectaculaires en ce qu'ils offraient un autre rapport au temps et à l'espace. Le style "byzantin-chinois" du Fox theatre en est un parfait exemple (billet du 3 septembre 2013). Ce qui manque ici est cette proposition de "décalage" qui fait sens. Sous des dehors de proximité et de sympathie, nous voici donc face au triomphe unilatéral d'un business qui n'a plus d'autre horizon que lui-même. Pourtant nous savons bien qu'il est possible de faire davantage durable. Durable: ce qui sépare un moment sympa d'une expérience marquante....

Vue aérienne du projet. En bas à gauche, l'autoroute urbaine, à droite Woodward Avenue, en haut à gauche Cass avenue. Le Down Town, non représenté, est donc en dessous de l'image. L'urbanité se limite au site et ne cherche pas à se raccorder aux autres parties de la ville.

Les dégagements de l'Arena sont aussi mail commercial. Un grand étonnement: le choix de construire la moitié des gradins en enterré, habitude pourtant peu américaine. Mais qui garanti l'invisibilité du bâtiment au profit de son environnement commercial. Refus absolu de l'architecture comme signe (et quoi que ce signe dise).

La tradition américaine du rendu à l'aquarelle est plus que vivace, c'est quasiment une obligation.

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