dimanche 26 octobre 2014

Castor & Pollux, de Jean-Philippe Rameau

Castor et Pollux, opéra de Rameau (1754) / Opéra de Lille, mardi 21 octobre 2014.

Les histoires de dieux et de mythologies nous parlent peu aujourd'hui, et les canons esthétiques du XVIIIe siècle sont eux aussi bien éloignés de nous. Et pourtant... Deux frères, amoureux d'une même femme. Deux soeurs, amoureuses d'un même homme. Tous les ingrédients sont rassemblés pour conduire un récit haletant: amour et désir, meurtre et sacrifice. Il suffit juste de prendre ces personnages au sérieux, et de faire confiance au génie musical et théâtral de Rameau (1683-1764). C'est ce qu'ont su faire Barrie Kosky à la mise en scène et Emmanuelle Haïm à la direction musicale.
On est saisi par l’expression sans détour de la violence des relations – les corps se jettent contre les murs. On est tétanisé par les passions déchainées - les convulsions sexuelles de la jalousie sont explicites. On est arrêté par le climat d'immobilité sacrée du IVe acte – le silence se fait et ce que Barrie Kosky donne à voir est très simple et très beau.
On l’aura compris, et c’est notable, la palette du metteur en scène est impressionnante d’étendue et de maitrise. Dans un décor se limitant à une austère boite de bois clair il parvient, sans jamais chercher l’équivalence visuelle à l’émotion musicale, à rendre crédible ce que vivent ces gens : l’adieu, la séparation, la déchirure, l’abandon. Cette histoire de dieux finit par s’oublier, elle est bien le prétexte suffisant pour poser sur la scène du théâtre ces situations que nous connaissons.
L’élégance de cœur de la musique de Rameau fait le reste. Pudeur des sentiments, souvent teintée de mélancolie. Et manière de faire avancer le récit de manière très moderne, par séquences successives plutôt que par le déploiement d’un grand arc dramaturgique traversant les cinq actes. La narration ainsi ouverte sur un possible engage, par de permanentes ruptures de ton et d’action, l’implication du spectateur dans un voyage véritablement émotionnel. 
Je suis sorti déplacé par la rencontre avec ce qui s’est révélé être une œuvre-monde, figure abstraite et réaliste, tout à la fois terre, ciel et enfer, et nous-autres aux deux extrémités de la corde.

































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