lundi 10 novembre 2014

Intelligence collective

Il y a dix jours, week-end de la Toussaint à Anvers. Il suffit d’arpenter les rues pour sentir énergie, ouverture, richesse. Energie d’une ville encore active à des heures avancées de la nuit, et des grues du port qui se profilent à l’horizon. Ouverture à travers le dialogue des époques, où un aujourd’hui audacieux trouve sa place dans les entrelacs du passé et tisse maintenant  aussi une histoire. Richesse matérielle et de culture, évidentes au moindre débouché de rue et de place, de la somptueuse église baroque de Saint Paul aux vitrines du Meir. Anvers est une capitale. Dense de spectaculaire, de sollicitations et de propositions, elle est intense.
Il y a des détails qui ne trompent pas, comme ces bornes de contrôle du trafic des tram ou de régulation des feux. Ailleurs, pauvres objets techniques qui encombrent les trottoirs et parasitent la cohérence de l’espace urbain. Ici, habillés de couleurs et d’histoires à raconter. Et c’est tout simple : des nœuds de marine – nous sommes dans un port. Et un jeu de piste se dessine, de rues en rues, souvenirs pour les grands et apprentissage pour les petits. Cela témoigne éloquemment d’une attention portée à la ville jusque dans ces détails anodins et pourtant fondamentaux. Ce soin est le marqueur évident d’une intelligence collective à œuvre.
Je rêverai que nos villes aient ce genre de bonnes idées qui ne coûtent pas grand’ chose, sinon un peu d’imagination et de volonté. Les supports oubliés du regard sont nombreux qui pourraient mettre en scène la vitalité, la fantaisie, la liberté de nos communautés humaines. Dans quel piège sommes nous donc, à ne pas être capables d’investir dans le sens ! Trop individualistes certainement pour produire une identité plus large que nos petits territoires. Les énergies et les talents sont aux taquets, et pourtant l’explosion, l’irruption, le débordement ne se produisent toujours pas. Le remède à ce sur-place délétère est dans la décision d’y aller, et sans autres considérations, de le faire. 
En 1615, au sortir des guerres de religions qu’il tenta d’analyser, le Cavalier Marin, lettré de cour vaguement superficiel et aujourd’hui perçu comme poète-philosophe, écrivait ceci : « La France est toute pleine de contradictions et de disproportions, lesquelles cependant forment une discorde concordante, qui la perpétue. Des coutumes bizarres, des fureurs terribles, des mutations continuelles, des extrêmes sans demi-mesure, des tumultes, des querelles, des désaccords et des confusions : tout cela, en somme, devrait la détruire et, par miracle, la tient debout ». Un peu d’intelligence collective nous ferait tenir aujourd’hui débout de manière moins chancelante…


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