mardi 11 novembre 2014

Nicolas Schöffer: Spatiodynamisme

D'abord sculpteur, puis urbaniste, architecte, théoricien de l'art, Nicolas Schöffer (1912-1992) a été un des artistes les plus importants de la seconde moitié du XXème siècle. Pionnier de l'art cybernétique, on le connaît moins que d'autres, car il  a consacré  une part très importante à la recherche fondamentale en art. Ces écrits sont impressionnants de finesse et de rigueur d'analyse. Toujours d'actualité, il y développe les conséquences sociales, politiques et culturelles d'une théorie de l'art renouvelant la perception et de la construction de l'espace. 

" L'espace se révèle d'abord par le vide, par l'opposition des pleins et des vides. Mais son apparition reste timide. L'objet demeure immuable, plus transparent qu'auparavant, mais il est là en tant qu'objet. L'espace introduit dans cet objet ne sert qu'à le valoriser. C'est déjà, néanmoins, le point de départ d'une utilisation de l'espace, matière immatérielle qui annonce la disparition de l'objet.
Certains sculpteurs, comme Gonzales, Gabo, Pevsner, furent les premiers à introduire sciemment dans leurs sculptures des vides où l'espace apparait avec évidence.Tentative encore partielle. S'ils ont déclaré les premiers que l'espace était pour eux prédominant, le jeu des formes massives semble avoir dominé leur recherches.
Pour eux l'espace n'est pas encore la matière absolue. On pourrait considérer certaines de mes structures comme des pièges tendus à l'espace. On peut piéger celui-ci avec des structures simples, le moins dense possible, capter une fraction de l'espace et le dynamiser en utilisant des structures selon des rythmes spécifiques, en donnant un contenu énergétique à l'espace qui est à la fois à l'intérieur et autour de ces structures.
Michel'Ange, qui jouait beaucoup avec l'espace, reste cependant un sous-produit des Grecs. Mais chez lui, le rapport des volumes et des structures sous-jacentes a déjà une extraordinaire perfection sur le plan spatial. Il a élaboré le rapport des uns aux autres en fonction de l'espace environnant, et chaque plan est traité non en tant qu'objet isolé mais en tant qu'élément structuré dans un espace structuré. On le sent jusque dans ses fresques.
Une rupture radicale apparait aujourd'hui, même par rapport à ceux qui, comme Mondrian, Gonzales ou même Calder, on travaillé avec l'espace: il s'agit de supprimer totalement le modelage des matériaux solides et de les utiliser exclusivement pour la captation de fragments d'espace définies pour rythmer ces programmes.

L'importance de l'espace a dépassé celle de la matière palpable. Un mouvement de bascule irréversible vient d'apparaître. Une matière immatérielle fait irruption dans les techniques artistiques, avec force, en s'imposant comme matériau de base. mais l'utilisation de l'espace en tant que matériaux exclusif nécessite une toute nouvelle technologie artistique. L'oeuvre doit être construite avec rigueur: elle doit être à la fois légère, monumentale et stable. Sa structure doit obéir à certaines règles.
L'objet à de l'importance, mais c'est le coté immatériel, en l'occurrence l'espace inclus dans les structures, qui détermine l'importance de l'oeuvre. C'est le premier pas vers la disparition progressive de l'objet, et aussi vers la dissociation de l'objet et de l'effet. Dans la réalisation spatiodynamique, c'est justement l'espace inclus qui provoque l'effet, et non la structure palpable. 
L'effet dépasse l'objet matériel et valorise l'idée de base."

Nicolas Schöffer, la ville cybernétique, 1969

"Dans un atelier de Montmartre: la naissance des lumières du Paris futur" - couverture de Paris Match Juillet 1967

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