dimanche 28 décembre 2014

Z Mrtvého Domu, de Leos Janacek

Z Mrtvého Domu - De la maison des morts de Leos Janacek, mise en scène de Patrice Chéreau (1944-2013). Staatsoper Berlin im Schiller Theater, dimanche 7 décembre 2014

Faire du théâtre, réaliser une mise en scène, c'est donner une interprétation d'une oeuvre, la faire parler à travers ma parole, en construisant des images, en dirigeant des comédiens et les faire entrer dans l'intelligence du texte jusque dans leurs corps, leurs gestes, et que la scène fourmille de vie, d'information, d'un monde vrai. Et rien, mais rien de ce labeur concentré et acharné ne doit se voir. Rien ne doit sentir l'effort, rien ne doit être comme une démonstration, un doigt qui montre ce qui a voulu être fait. Quitter les postures, atteindre la naturel, c'est difficile.
Voilà où est arrivé Patrice Chéreau dans "De la Maison des morts" de Janacek, d'après Dostoïevski. Etreinte d'émotion quand les prisonniers du goulag jouent avec le jouet-oiseau, rien besoin de plus pour savoir ce qu'ils espèrent. Spectaculaire de la chute depuis les cintres et dans un nuage de fumée d'un amoncellement de livres et de papiers, et tout est dit de l'inéluctable des travaux forcés. Insupportables changements de ce décor de pans de bétons, précisément parce qu'insensibles, et rien de plus pour dire un enfermement d'autant plus terrible qu'il se meut. Merveille d'une cigarette qui s'allume dans l'obscurité alors qu'à l'autre bout de la scène la bagarre éclate, et l'espérance demeure. 
Voilà, c'est cela, la maitrise. Sans prétention, simplement c'était ce qu'il fallait faire, on le fait, sans gesticulations, sans se payer de mots. Impact total. Aux saluts Sir Simon Rattle, qui dirigeait cette série de représentations, a pris la parole pour évoquer la mémoire de Patrice Chéreau. La salle s'est levée. C'est trois fois rien qui dit tout, le plus bel hommage, le seul possible, le seul juste, que l'on puisse rendre à l'artiste.








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