lundi 23 février 2015

Rubens huis, Antwerp

Honte à moi, double honte même…
Depuis des années que je fréquente Anvers, je passe régulièrement devant la maison de Rubens sans jamais y être entré. Me disant, fort idiotement, que c’était un piège à touristes. Mon attention à combattre mes préjugés a été sérieusement mise en défaut. Comme quoi, les préjugés peuvent parfois si bien se cacher qu’on ne sait pas, que l’on ne sait plus qu’ils sont là, et bien là… Donc la maison de Rubens. Magnifique, passionnante, peut être même impressionnante. Touriste ou pas, elle est un vrai lieu à découvrir.
A son retour d’Italie, en 1610, Rubens acheta, non loin du Meir, la grande artère qui traverse d’est en ouest la ville, une assez grande maison. Au début de ce qui sera une immense réussite artistique et professionnelle, plein de choses vues, il entreprend transformations et agrandissements ouvertement spectaculaires et ostentatoires : galerie d’antiques, atelier du Maître, jardin d’ornement avec portiques et pavillons. Le tout dans un style maniériste dont l’ornementation, que l’on peut trouver surchargée, tranche absolument avec l’environnement immédiat fait de façades de briques, simples sinon modestes. A l’époque, c’était de l’architecture moderne. 
J’avais oublié que l’on pouvait faire des paysages avec l’architecture. Voir l’architecture comme production d’espaces mais aussi de paysages mentaux. L’enfilade des pièces du rez-de-chaussée est un lieu d’une présence inhabituelle, par le contraste entre la monumentalité que produit la longueur de la vue et l’impression de maisonnée que produisent les faibles hauteurs des plafonds, la chaleur des matériaux, la rigueur du carrelage, la variété des lumières. Paysage intérieur que cette profondeur de l’espace, en rapport évident avec une manière de voir, de penser et de vivre. Paysage, et plus évident encore, dans ce qui s’offre à la vue du visiteur depuis la porte principale de la demeure : le jardin se déploie en plan successifs imbriqués les uns aux autres avec beaucoup de science (le rapport de dimension des volumes  calculés par rapport à la distance d’où ils sont vus). L’effet spectaculaire est parfaitement réussi. Seconde honte de la journée que d’avoir ainsi oublié un instant que faire de l’architecture c’est finalement dessiner des paysages.




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