jeudi 26 février 2015

Trois architectures à Anvers

Le conservatoire d’Anvers a été construit sur le modèle d’un cloitre, dans les années 60, au bord du Ring (le périphérique). L’architecture de Léon Stynen est d’une sobriété remarquable en ce qu’elle parvient à créer une intériorité certaine en un site pourtant ingrat. Les extensions des salles de spectacle, faisant du lieu le centre d’art et de culture d’Anvers, parasitent cet ensemble même si leur verticalité fait signal. Fort heureusement la dernière extension de Stéphane Beel, en 2010, vient redonner une qualité à ce qui s’appelle désormais « Le Singel ». Superposée au cloitre, la volumétrie du nouveau bâtiment bien que fortement identifiable dialogue parfaitement avec l’architecture de Stynen. Dialogue urbain également. En proue au dessus du Ring, il connecte ville historique et faubourgs. Résolution de ces enjeux de porte-à-faux et de hauteur, la structure triangulée en béton est d’une belle franchise. En périphérie du volume, elle protège les studios de travail et offre des jeux de circulations aussi fluides que la danse qui y est enseignée… Accueillants et souriants, les gens donnent une jolie ambiance à ce bâtiment complexe, fort et déterminé.
Question d’échelle également au Theaterplein (la place du théâtre). Le grand auvent qui protège le marché, conçu par Bernardo Secchi et Paola Vigano entre 2005 et 2009, est parfaitement à sa place. Appuyé sur le théâtre municipal, bâtiment ingrat des années 70, il parvient grâce à la combinaison de la grandeur et de la légèreté à faire oublier cette architecture encombrante en devenant sa nouvelle façade, et à nourrir le vide béant de cette place sans caractère, l’une des plus grande d’Anvers. Faire encore plus grand que ce qui est déjà grand : le sens des échelles n’aurait été qu’une (bonne) astuce, efficace et maline, sans cette élégance délicate et généreuse, qui signe la réussite de ce geste.
Le MAS, Museum aan de Stroom (le musée du fleuve - l’Escaut) est bien plus que le musée d’histoire d’Anvers. Il se propose de parler de cette ville-port y compris dans ses relatons avec les cultures du monde. Ce qui pourrait être un artifice pour  intégrer les collections fameuses de l’ancien musée d’ethnologie suscite en réalité un jeu d’aller-retour très stimulant. Il fini en apothéose avec la collection précolombienne, fascinante tant il est rare de pouvoir contempler des restes de l’or des Amériques. Le bâtiment, livré en 2011 par les néerlandais Neutelings & Riedjiks est une tour trapue parfaitement placée au centre des bassins historiques du port. Le concept s’organise à partir d’un escalier monumental placé en périphérie pour constituer les façades. La promenade et des points de vue variés sur la ville qu’elle offre suscite l’adhésion. Mais le systématisme de ce dispositif, unique concept ayant présidé à la création du bâtiment, fini par lasser. Comme on regrette l’absence du moindre accident! Et quel paradoxe que cette architecture d’apparence si monumentale, et puissante avec son revêtement somptueux de grès rouge d’Agra, devienne finalement assez creuse. Hélas, hélas…







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