samedi 7 mars 2015

Berlin, le vide comme monument.

Dès mes premiers pas à Berlin il y a six ans j’avais été saisi par le nombre de terrains vagues en plein centre-ville, sur le tracé du mur, mais aussi, partout dans la ville, les ilots ouverts et les pignons aveugles. Traces de l’histoire marquée indélébilement dans la chair de la ville, ces manques, ces trous, font de Berlin le résumé de notre  histoire européenne. Leur présence est mémorielle. En fait, et j’en ai encore aujourd’hui la certitude, ce sont des monuments. Des monuments paradoxaux, car il n’y a rien d’autre à voir que du vide. Mais ce vide fait sens, immédiatement. Il parle.
On se doute que tant de surface disponible après la chute du mur n’allait pas rester inexploitées. Car ces vides sont des actifs économiques potentiels. Sans  compter qu’ils peuvent être perçus de manière moins positive que ce que je fais : ce sont des cicatrices, des plaies ouvertes. Or si les monuments font l'histoire, les cicatrices maintiennent le passé dans le présent. Six ans après, ça se rempli, Postdamerplatz est reconstruite (et ratée), mais il y a encore de la vacance. Espérons que les berlinois sauront préserver, dans leur état de terrains vagues, ceux autour de check point Charlie, par exemple.
Un monument est un espace ou un objet conçu principalement pour commémorer une occasion ou une personne. L’unique programme du monument est de préserver cette mémoire. Quand il y a un monument, les politiques, les urbanistes, les planificateurs n’ont pas besoin de trouver une fonction spéciale pour remplir l'espace : Etre monument suffit. Il faut donc une conscience politique, qui mette le mot « monument » sur ce qui ne paraît pas en être. Ainsi ces vides auront une fonction, et donc un espace à préserver. Ces espaces ne sont plus destinés à être remplis afin de compléter la ville, ils ont leur fonction. Signifiante, symbolique. Unique.





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