dimanche 8 mars 2015

Berliner Philharmonie (3) & Staatsbibliothek

Suite de la découverte de l’œuvre de Hans Scharoun. Serais-je obsessionnel ? ! Non. Juste quelque chose à comprendre.
On retrouve à la Staatsbibliothek les mêmes qualités d’espace et de circulation qu’à la Philharmonie, construite juste en face. La générosité des volumes est spectaculaire (en particulier les salles de lecture), leur complexité également. Cette virtuosité laisse pantois. Mais il me semble cette fois-ci que je commence à saisir pourquoi tout cela me surprend. C’est que  l’irrégularité, qui est peut–être le principe initial de conception de Scharoun (ou du moins sa première résultante visuelle), est à l’opposé de ma manière de faire de l’architecture.
Les espaces de la Staatsbibliothek ou de la Philharmonie proviennent d’une combinaison de volumes plus irréguliers les uns que les autres, posés là librement et qui, précisément, engendrent des propositions de circulations, de vues, de regards elles mêmes libres. En retour cette liberté est immédiatement expérimentée (intégrée ?) par les corps et par les esprits. Finalement, à la Philharmonie, toute l’affaire est que, quand je marche au milieu de ces formes sans cesse changeantes, non seulement l’architecture bouge avec moi, mais je me meut aussi avec les gens qui sont là. Tout est mouvement, nous sommes mouvement.
Cette liberté va donc très loin. Nombreux sont les exemples dans ces deux bâtiments d’éléments de structure posés là, poteaux dont on ne sait pourquoi ils sont ainsi, mal agencés à leurs poutres, avec une évidente absence de logique. Le comble est atteint avec le grand plateau suspendu de la Staatsbibliothek. Ses piliers sont visiblement trop décalés du centre géométrique pour en soutenir la masse, et ça tient malgré tout ? Jusqu’au moment où on repère un autre poteau, qui se fond dans l’ensemble de l’espace, placé juste au bord du plus grand porte-à-faux, à ras du garde-corps, articulé sans finesse. C’en est interloquant. Et pourtant…  L’irrégularité, la maladresse et la stricte nécessité érigées comme un des beaux-arts… 
Accéder à la liberté, voilà ce dont parle Hans Scharoun. Laisser à un moment tout le sérieux de nos métiers, tout le sérieux de nos apprentissages. Ils sont importants, mais ils nous incommodent. Ce n’est pas simple de s’en dégager, car la question n’est pas de faire n’importe quoi, il n’y a jamais eu de liberté à ce prix. Je ne sais pas encore, mais je dois essayer, même si je ne sais comment.






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