mercredi 8 avril 2015

l'architecte et son client, binôme créatif ?

A l'occasion de l'inauguration des Adicodes, et alors que nous travaillons actuellement sur le réaménagement des bureaux du Groupe HEI-ISA-ISEN, ce texte tente d'expliciter la manière que nous avons de faire de l'architecture...

Partir de la conception pour aboutir à du co-design, voilà l'expérience d'un itinéraire possible de transformation de la relation Architectes - Maîtres d’œuvre. Pourquoi cette transformation de la relation serait-elle importante? Simplement parce que le projet d'architecture, travail d'équipe, gagne beaucoup à être pensé et vécu comme un lieu de convergences d'idées et de désirs. Dans cette histoire, l'architecte serait-il le seul créatif ? Bien au contraire, il faut quitter les images toutes faites du métier. Partager la créativité, être donc co-auteur, renforce le rôle majeur de mise en relation, de synthèse et de cohérence que peut déployer l'architecte. Exercer pleinement cette compétence unique lors d'un projet assure sa réussite et sa qualité.

Il y a toujours dans un projet deux programmes. Un programme effectif, concret, qui s’exprime par des besoins, des surfaces, des contraintes. Et plus important, le second programme, non quantitatif, portant sur la signification, définissant des objectifs qui dépassent la simple réponse pratique au besoin. C’est ce programme, souvent informulé, ou du moins mal dit, qui est le nœud d’articulation de l’implication des acteurs participant au projet. Plus encore, il est le point de rencontre des écoutes et des compréhensions, le lieu où se crée la relation. L’expérience de conception devient ainsi une expérience humaine, celles de valeurs partagées.
L’architecte est ainsi un traducteur : il convient de trouver des équivalences formelles, spatiales, signifiantes au programme informulé. Plus précisément, il s’agit de reformuler la demande, par le dit et redit de ce que l’on comprend de la parole de l’autre, par les plans mis au point peu à peu, par l’expression orale de ce que l’on cherche à obtenir. L’architecte aime jouer à ce jeu parce qu’il pose la forme comme résultante d’une démarche et non comme un a priori initial. A travers l’écoute et l’échange, le processus de conception s’enrichit d’une compréhension profonde des enjeux. Plus encore, ce temps passé permet d’honorer toutes les demandes complémentaires qui surviennent durant l’élaboration du projet, et de faire des choix cohérents et rapides jusque dans des questions de signalétique ou de mobilier.
Valeurs partagées donc, et d’autant plus qu’elles sont différentes. L’importance de tel point pour l’un des protagonistes devient importante également pour les autres. Il y a là une attitude qui est réellement celle que requiert la co-conception. C’est peut-être même le point essentiel : reconnaître l’égale valeur des compétences sollicitées par le projet, aussi différentes soient-elles. En tenant compte des qualités humaines, de la créativité et de la fine connaissance de l'utilisateur que possède le Maitre d’Ouvrage, l’architecte n’abdique pas sa propre capacité à concevoir, mais l’enrichit. Pareillement, le travail de transcription en formes et espaces de l’architecte n’est pas perçu comme une trahison, mais le prolongement tangible du but recherché par le Maître d’Ouvrage.

Ce faisant, la répartition conventionnelle des rôles disparaît. L’impact de la démarche se vérifie en premier lieu avec l’efficacité des solutions mises en œuvre. Davantage encore la pratique de la co-conception génère une expérience transformante des manières mêmes de penser, un changement d’attitude qui permet d’aller plus loin dans la qualité visible et ressentie des architectures ainsi créées. La confiance devient alors spontanée, l’implication naturelle, la considération attentive, l’écoute effective. Ce phénomène d’élargissement du champ de références des uns et des autres en fait, tous, des producteurs de culture. Ainsi l'intégration à ce cercle de conception des compétences des entreprises parait plus naturelle, voire indispensable car enrichissante.
En définitive, il n’est pas vain de parler d’œuvre collective. Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus d’auteur, mais au contraire que chacun identifie son apport sans que cela minimise celui de ses partenaires. Ecriture à plusieurs mains reconnaissables et suffisamment attentives les unes les autres pour écrire ensemble une même histoire. La force de l’expérience est qu’elle dépasse en les unifiant confusion et séparation. C’est donc sous le signe de la relation qu’il faut comprendre la relation Architecte-Maître d’Ouvrage. Car s’il est entendu que l’architecture est bien l’art de vouloir, chercher et travailler un lien entre les corps, le groupe, un environnement, des formes, des techniques et des matériaux, un imaginaire, il est encore plus évident qu’elle est art des relations parce qu’elle est en elle-même et par elle-même le moyen d’expérimenter des rapprochements de toute nature. C’est ce que l’on appelle concevoir, et c’est l’esprit du co-design. Le projet d’architecture, c’est de concevoir.


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