lundi 18 mai 2015

London in may

La Battersea Power Station, énorme centrale électrique au charbon des années trente, fameuse depuis une certaine pochette de 33 tours des Pink Floyd est en plein chantier de rénovation. A travers ce projet emblématique de la reconversion de zone industrielles, Vauxhall et le nord de la Tamise vont connaître une mue urbaine sans précédent, comparable à celle de Canary Warff dans les années quatre-vingt dix. Tours de bureaux, immeubles de logements, coulée verte et mails commerciaux, tout y est prévu. L’ensemble sera dense, la pression immobilière est forte, les investissements certainement colossaux. Malgré ces transformations, et pourtant entourée de près par des immeubles assez médiocres (quoique le canyon de Franck Ghery peut être impressionnant), la Battersea Power Station est bien trop puissante et monumentale pour ne pas continuer à marquer fort heureusement le paysage de sa présence magnifique.

The Battersea Power Station, a huge coal power plant built in the thirties, famous since a certain LP’s cover of the Pink Floyd, is in full reconstruction. Through this symbolic project of industrial aeras reconversion, Vauxhall and north of Thames River will experience an unprecedented urban metamorphosis similar to Canary Warff in the nineties. Office towers, apartment buildings, shopping malls and green corridor, everything is planned. The place will be dense, and real estate pressure is high, with obviously colossal investments. Despite these transformations, and yet surrounded closely by impersonal buildings (but the canyon by Franck Ghery can be great), Battersea Power Station is too monumental not to keep scoring powerfully the landscape of its magnificent presence.



Plus haut, vers Victoria Station, grand tumulte urbain, et là aussi ça construit, beaucoup. Il y a dans cette accumulation d’objets qui se posent comme ça, et dans ces ruptures d’échelles une énergie peu commune. Certes l'argent ose tout et n'a pas de morale, mais je vois là le signe d’une liberté de faire très affranchie des conventions, ou l’audace ne s’étonne pas de son audace. Cela donne envie, une fois de plus, de partir à l'aventure. Cette énergie traverse d’ailleurs toute la ville, animée en ce dimanche comme si c’était un jour de semaine – remarque certainement bien française.
A presque deux pas (la ville est grande !), cinq cent ans de peinture anglaise à la Tate Britain. C’est agréable de regarder des images, autant que de se faire raconter une histoire. Cet agrément renouvelle mon intérêt pour la peinture. Il m’apparaît que je ne recherche plus comme avant dans l’art des visions du monde ou des philosophies qui me construiraient. Mais au détour d’une salle, une statue de Henry Moore parle de la légèreté des corps. Y croire ? Aspiration que je partage, tant il est vrai que les choses de l’esprit sont éminemment physiques.

More above in town, there is, close to Victoria Station, a major urban tumult, all under construction. There is, in this accumulation of objects that arise like that, and in these ruptures of scale an uncommon energy. Of course money dare everything and has most of the time no moral, but I see in this  outbreak of a new town coming from an old one, a sign of freedom to do, far from meaningless conventions, when daring is no more surprised of his audacity. It makes you want, once again, to set off on an adventure. This energy also runs through the whole city, animated this Sunday as if it was a weekday – this is certainly a typically French remark.
At almost two steps from there (but the city is so large), five hundred years of English painting can be discovered at the Tate Britain. It's nice to look at pictures, as far as telling a story. This pleasure renew my interest in painting. It seems to me that I no longer research in art worldviews or philosophies that would build me. But at the corner of a room, a statue of Henry Moore talks about the lightness of the body. Believing in? Aspiration which I share, as it is true that spiritual life is eminently physical.



Krol Roger, de Karol Szymanowski

Royal Opera House Covent garden, London. Samedi 16 mai `

Belle figure que celle du Roi Roger, Krol Roger, et étrange histoire : celle d’un homme qui va frayer son chemin entre usure du pouvoir, lassitude amoureuse et appel à une vie libérée de toute contrainte. Pris entre son conseiller, son épouse délaissée  et un « berger », sorte de gourou sensuel et extatique, Roger saura trouver sa liberté intérieure en un juste équilibre entre l’autorité que donne le pouvoir et la force de n’avoir pas cédé à la facilité. 
Sur cette thématique de la vie spirituelle, le compositeur polonais Karol Szymanowski a écrit dans les années vingt une musique fascinante de langueurs, d’étrangetés, d’hésitations, de subtilités orchestrales. Rarement l’art lyrique aura connu une musique qui exprime si explicitement une telle palette d’émotions. Œuvre rare, et méconnue, mais qui commence enfin à entrer au répertoire des grandes maisons d’opéra. Non sans raison, tant elle parle, et avec humanité, des choix complexes que la vie nous commande de faire.
Lu dans le programme: « Le philosophe Slavoj Zizek a suggéré que la dissolution des certitudes externes - les religions, les lois morales et les traditions (« la perte du grand Autre ») - a conduit à une crise dans laquelle nous cherchons désespérément des remplacements en nous-mêmes à l'autorité perdue du passé. Ainsi, le dilemme existentiel à travers lequel le roi Roger vit en notre nom n’est plus l’apanage des rois - il est la tension dont nous avons tous l'expérience entre l'individu et «l'autre», entre nos propres vies et celles des autres, entre la volonté de puissance et la volonté de vie. »


King Roger (Krol Roger),  is a beautiful figure and strange story of a man that will make its way from erosion of power, love-weariness and call to a life free from coercion. Caught between his adviser, his neglected wife and a "shepherd", a kind of sensual, ecstatic but dictatorial guru, Roger will find its inner freedom. By balancing the authority that gives power and strength to not having given in to ease.
On this theme of spiritual life, the Polish composer Karol Szymanowski wrote in the twenties a fascinating music, with languor, oddities, hesitations, orchestral subtleties. Rarely Opera have known music that expresses explicitly such a range of emotions. Rare work and little known, King Roger begins to enter the repertoire of major opera houses. Not without reason, as it speaks, humanely, of complex choices that life requires us to make.
Read in the programm booklet : « Philosopher Slavoj Zizek has suggested that the breakdown of external certainties – that is, of agreed religions, moral laws and traditions (« the loss of the big Other »)- has led to a crisis in which we desperately seek replacements in ourselves for the lost authority of the past. Thus the existential dilemna through which King Roger lives on our behalf is in fact not merely the realm of kings – it is the tension we all experience between the individual and the « other », between our own lives and the lives of others, the will to power and the will to life. »

Le trailer est ici
Le spectacle est visible en intégralité jusqu'au 17 novembre 2015 sur the opera plateform


Mariusz Kwiecien dans le rôle du Roi Roger, Georgia jarman dans celui de la reine Roxane. Mise en scène Kasper Holten.


mardi 5 mai 2015

Penthesilea, de Pascal Dusapin

La Monnaie-De Munt, Bruxelles. Création mondiale. Dimanche 19 avril

On nous avait annoncé avec Penthesilea, dernière création lyrique de Pascal Dusapin (né en 1955), une œuvre d’une violence extrême, une sorte de débordement irrépressible, une Elektra du XXIe siècle tout aussi hystérique que l’opéra de Richard Strauss de 1905.
Qu’en est-il finalement ? La violence théâtralisée n’était pas au rendez-vous (encore des journalistes ou des critiques qui parlent sans informer ni vivre les choses), et c’est tant mieux – nous sommes dans une époque qui, malgré le commerce tout puissant et ses mirages entêtants, ne se complait pas dans des expressions convenues. Si l’œuvre donc est marquante, c’est parce qu’elle parle de l’effroi qui nous saisi devant la violence. Plus encore cette musique crée le son même de la frayeur, sourd, implacable.
Dusapin est parti d’un texte emblématique de littérature romantique allemande, la Penthesilée de Kleist. Pièce de théâtre longtemps réputée injouable parce que insoutenable, elle met en scène un épisode en marge de l’Illiade, ou au cœur des combats et de la guerre Achille, le héros que l’on sait, et la reine des Amazones Penthésilée  se livrent une joute amoureuse ou l’orgueil se mêle trop au désir pour que ça finisse bien…  L’opéra se concentre sur ce paroxysme d’impossibilité, dans la crudité des mots, dans l’imparable d’une musique qui ne cesse jamais des harmoniques graves et lentes. Prétexte évident pour qu’à travers cette histoire d’avant et d’ailleurs, Dusapin nous donne à expérimenter ce que c’est que la guerre, les déplacements de populations, à chaque instant la peur de l’attaque, le dénuement. 
Trop d’images « en direct » nous  inondent, et ne nous concerne que peu, et superficiellement. C’est dans l’ordre des choses : il faut une transposition, une distance qui épure les détails et aille à l’essentiel pour que l’horreur que vivent les autres soit là, présente, devant nous. Il n’est pas dans le pouvoir du reportage en direct d’accéder à la réalité. Seuls l’art et la vie intérieure le peuvent. S’il est besoin encore de s’en convaincre, il suffit de revoir les « Désastres de la guerre » de Goya. Penthésiléa  de Pascal Dusapin est de cette même veine. Celle des chef-d’œuvre.

With Penthesilea, the last lyric creation of Pascal Dusapin (born 1955), was announced a work of extreme violence, a kind of irrepressible overflow, a twenty-first century Elektra, just as hysterical as the opera by Richard Strauss in 1905 .
What exactly happens? The dramatized violence was not here (one again journalists or critics speaks without informing themselves or living things) and so much the better. Because we're in a time that, despite the all-powerful business and its heady mirages, don’t wallow in conventions. This work is significant for it speaks of the terror that seized us in front violence. Moreover this music creates the very sound of fear, deaf, and implacable.
Dusapin lean upon an iconic text of German romantic literature, Kleist's Penthesilea. Play long deemed unplayable because unbearable, it stage an episode of iliad’s sidelines, at the heart of fightings and war. Achilles, the hero we known, and the Amazon queen Penthesilea are engaged in a love struggle. But pride and desire mix too much for a happy ending… The opera focuses on this climax of impossibility in the crudeness of words, in the unstoppable music that never ceases dull and slow sounds. Through this story, which is an obvious pretext, Dusapin gives us to experience of what war means, and population displacement, in every moment the fear of the attack, destitution.
Too many images "live" flood us, and concerns us superficially. It is in the order of things: we need a transposition, a distance that purifies the details and go to essentials. This way the horror experienced by others can be there, in font of us. It is not in the the power of live coverage to access reality. Only art and inner life can. To be convinced, simply review the "Disasters of War" by Goya. Pascal Dusapin's Penthesilea is in the same vein. That of masterpiece.

Le trop court trailer est ici.



Mise en scène de Pierre Audi, décors de Berlinde de Bruyckere.

Goya, les désastres, planche 39: ¡Grande hazaña ! ¡Con muertos ! / Grand exploit ! Avec des morts ! 

Goya, les désastres, planche 3: Lo mismo / Le même 

Goya, les désastres, planche 30: Estragos de la guerra / Les ravages de la guerre. 

dimanche 3 mai 2015

L'atelier, 55 rue de la barre

Vous descendez en ville à un moment ou à un autre? Un coup de fil pour vous assurer que nous sommes là, et venez ainsi à l'improviste nous visiter au 55 rue de la Barre. La maison est accueillante! Nous venons de nous installer dans l'ancien estaminet des "quatre frères Aymon", une maison de 1735 qui est la seule dans Lille à posséder encore sa plaque-enseigne d'origine.
Les quatre frères Aymon? Une très vieille histoire de l'époque de Charlemagne, de révolte contre l'autorité impériale, puis de réconciliation. Nous voilà donc sous le signe du dialogue. Cela nous va bien, de même que cette image étonnante et rigolote de ces quatre bonhommes chevauchant une bestiole sur-mesure...

You go down into town at one time or another? A phone call to make sure we are there, and come visit us at 55 rue de la Barre. The place is welcoming! We have just moved into the old pub "the four Aymon brothers", a house from 1735 which is the only one in Lille still have its original sign plate.
The four Aymon brothers? A very old story of the time of Charlemagne, revolt against imperial authority, and reconciliation. So here we are under the sign of dialogue. This suits us well, as this amazing and funny picture of four people riding a bespoke beast ...



Ernesto, Matthieu et Giulia

samedi 2 mai 2015

12 rue Norbert Segard, éléments de déco

Chaque plateau du 12 rue Norbert Segard offre un grand mur de 3 mètres de haut par 10 à 12 mètres de long. Occasion rêvée d'y faire quelque chose, en couleur, et qui cependant reste dans l'esprit épuré des aménagements du Groupe HEI+ISA+ISEN et des ADICODES.
Ici ce sera donc de grands panoramiques qui à travers des visages d'étudiants évoqueront les aspects importants de la formation dispensée: capacité au travail en équipe, expérimentation et rigueur scientifique, sens du management. Au dernier étage, le thème de l'avenir semble quant à lui tout indiqué pour la salle du conseil.

Each floor of 12 rue Norbert Segard offers a large wall of 3 meters high by 10 to 12 meters long. Perfect opportunity to do something, with colors, and yet remains in the refined mind of HEI+ISA +ISEN Group and ADICODES layouts.
Here it will be great panoramic pictures, through which students faces will evoke important aspects of the training: capacity for teamwork, experimentation and scientific rigor, sense of management. On the top floor, the theme of the future seems meanwhile perfect for the boardroom.

équipe

expérimentation
management
avenir