mardi 5 mai 2015

Penthesilea, de Pascal Dusapin

La Monnaie-De Munt, Bruxelles. Création mondiale. Dimanche 19 avril

On nous avait annoncé avec Penthesilea, dernière création lyrique de Pascal Dusapin (né en 1955), une œuvre d’une violence extrême, une sorte de débordement irrépressible, une Elektra du XXIe siècle tout aussi hystérique que l’opéra de Richard Strauss de 1905.
Qu’en est-il finalement ? La violence théâtralisée n’était pas au rendez-vous (encore des journalistes ou des critiques qui parlent sans informer ni vivre les choses), et c’est tant mieux – nous sommes dans une époque qui, malgré le commerce tout puissant et ses mirages entêtants, ne se complait pas dans des expressions convenues. Si l’œuvre donc est marquante, c’est parce qu’elle parle de l’effroi qui nous saisi devant la violence. Plus encore cette musique crée le son même de la frayeur, sourd, implacable.
Dusapin est parti d’un texte emblématique de littérature romantique allemande, la Penthesilée de Kleist. Pièce de théâtre longtemps réputée injouable parce que insoutenable, elle met en scène un épisode en marge de l’Illiade, ou au cœur des combats et de la guerre Achille, le héros que l’on sait, et la reine des Amazones Penthésilée  se livrent une joute amoureuse ou l’orgueil se mêle trop au désir pour que ça finisse bien…  L’opéra se concentre sur ce paroxysme d’impossibilité, dans la crudité des mots, dans l’imparable d’une musique qui ne cesse jamais des harmoniques graves et lentes. Prétexte évident pour qu’à travers cette histoire d’avant et d’ailleurs, Dusapin nous donne à expérimenter ce que c’est que la guerre, les déplacements de populations, à chaque instant la peur de l’attaque, le dénuement. 
Trop d’images « en direct » nous  inondent, et ne nous concerne que peu, et superficiellement. C’est dans l’ordre des choses : il faut une transposition, une distance qui épure les détails et aille à l’essentiel pour que l’horreur que vivent les autres soit là, présente, devant nous. Il n’est pas dans le pouvoir du reportage en direct d’accéder à la réalité. Seuls l’art et la vie intérieure le peuvent. S’il est besoin encore de s’en convaincre, il suffit de revoir les « Désastres de la guerre » de Goya. Penthésiléa  de Pascal Dusapin est de cette même veine. Celle des chef-d’œuvre.

With Penthesilea, the last lyric creation of Pascal Dusapin (born 1955), was announced a work of extreme violence, a kind of irrepressible overflow, a twenty-first century Elektra, just as hysterical as the opera by Richard Strauss in 1905 .
What exactly happens? The dramatized violence was not here (one again journalists or critics speaks without informing themselves or living things) and so much the better. Because we're in a time that, despite the all-powerful business and its heady mirages, don’t wallow in conventions. This work is significant for it speaks of the terror that seized us in front violence. Moreover this music creates the very sound of fear, deaf, and implacable.
Dusapin lean upon an iconic text of German romantic literature, Kleist's Penthesilea. Play long deemed unplayable because unbearable, it stage an episode of iliad’s sidelines, at the heart of fightings and war. Achilles, the hero we known, and the Amazon queen Penthesilea are engaged in a love struggle. But pride and desire mix too much for a happy ending… The opera focuses on this climax of impossibility in the crudeness of words, in the unstoppable music that never ceases dull and slow sounds. Through this story, which is an obvious pretext, Dusapin gives us to experience of what war means, and population displacement, in every moment the fear of the attack, destitution.
Too many images "live" flood us, and concerns us superficially. It is in the order of things: we need a transposition, a distance that purifies the details and go to essentials. This way the horror experienced by others can be there, in font of us. It is not in the the power of live coverage to access reality. Only art and inner life can. To be convinced, simply review the "Disasters of War" by Goya. Pascal Dusapin's Penthesilea is in the same vein. That of masterpiece.

Le trop court trailer est ici.



Mise en scène de Pierre Audi, décors de Berlinde de Bruyckere.

Goya, les désastres, planche 39: ¡Grande hazaña ! ¡Con muertos ! / Grand exploit ! Avec des morts ! 

Goya, les désastres, planche 3: Lo mismo / Le même 

Goya, les désastres, planche 30: Estragos de la guerra / Les ravages de la guerre. 

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